AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

 Dust | Morgan Marshall

| Dim 8 Juil - 18:22

Vasiliy Ivanova

Une bouteille de lait

La grisaille des débris, des nuages bas, de la poussière sur le cuivre, et dans des cheveux noirs, comme un ciel pollué, oublié, comme des étoiles qui vieillissent, décrépissent, un univers décadent, qu'un plumeau viendra balayer, un matin de printemps. De la poussière et des étoiles, qui glissent entre les doigts, et qui s'écrasent sur le sol, une pincée de sel fade sur un monde morne, sans goût. Rien ne brille, ragoût de bouches d’égouts, une sale époque en toc pour les pies. Mais il y a ce chat, dont la langue râpeuse goûte, timide, la chaleur d'une bouteille de lait. Et un sourire, le premier de la journée, au cœur de la nuit. Un, deux, trois coups. Et des lèvres abîmées qui s'étirent, un sourire d'épouvantail. Le chat ne voit rien, de la couleur verdâtre du lait. Il ne voit rien, des doigts qui se tendent, s'étendent, et craquent, comme une écorce d'un arbre qui baille, las de sa léthargie. Il ne voit rien, mais il sent. L'odeur de la marijuana. L'odeur de cette main. Et il baisse la tête et fuit, dans les ténèbres, cette caresse qui était pour lui. Et le sourire meurt, fane, fleur sous trente-quatre degrés, edelweiss loin des neiges éternelles. Edelweiss.

Dans quelques parfums de pétales, un casque sur les oreilles, habiter le vide, et le silence. Il y avait eu deux, trois, coup de feu, deux, trois, trou dans les murs, sans un murmure, pour qu'ils déguerpissent, pour qu'il ne reste d'eux que quelques couvertures, quelques aiguilles, quelques cuillères, quelques briquets, et ces flammes valsant dans une poubelle. Habiter le vide, et le silence. Un casque sur les oreilles, les doigts courant sur le verre, l'esprit surfant sur quelques ondulations basses.  Modulation. Inflation. Perdition. Dans le creux du cœur, une soif d'oubli. Une soif de dislocation. Que l'espace et le temps s'écartèlent, et lui avec. Dans la poussière, sans doute, un peu de sang, un peu de cendre. Mais un parfum de pétales, peut-être, post-mortem.

Deux heures, à remuer, le lait dans une casserole, et les arômes qui remontent, l'encens qui se diffuse. Et les narines en extase sur une promesse susurrée. Un besoin de s'envoler. Et d’atterrir dans la douleur. Le cul dans la poussière, les doigts glissant par terre. Là-bas ou ici, c'était pareil. Le froid en moins. Peut-être. Vaska ferme les yeux. Vaska, c'est encore l'ombre d'une ombre, dans la lumière de la lune, dans la lumière d'un feu de poubelle. Les chats s'enfuient. Les chiens aboient. Et les loups le méprisent. Chaperon maigre. Chaperon triste. Chaperon sans capuche rouge, ce soir, seulement des nuances de noir, sur une peau blanche, comme un piano sans corde, sans marteau, sans mélodie. Un unisson simple, et grinçant, quand ses genoux reviennent sur son torse, quand son regard caresse les courbes d'une bouteille. Et ce lait, et sa teinte verdâtre.

Quartz, cristalline, éther. Et la musique se coupe. Un froid s'en va, une porte de frigidaire qui se ferme, la fin d'un hiver à moins trente-quatre degrés. Des syllabes russes qui s'éteignent. Rien qui ne persiste dans sa cervelle. La musique disparaît, et rien ne la remplace. Aucune réponse aux questions qu'on peut lui poser. A lui demander ce qu'il fabrique, il finira par répondre n'importe quoi. Et il n'y avait, sans doute, rien d'autre à dire, à répondre. Un bras mort repose dans les décombres. Son regard lunaire passent au travers d'une vitre fracturée. Et rien de plus. La bouteille de lait reste là, et Vaska aussi, las.

Mais la solitude ne verra pas le lever du soleil. Elle s'évanouira, dans des essences, dans une présence. Autre que celle de ces rats, grouillant, grignotant, rappliquant. Autre que celle de ces hommes et de ces femmes, en guenilles trouées, aux sourires édentés, aux esprits consumés. Marginaux dans l'errance, comme il a l'air rance. Il inspire, soupire, et son souffle soulève quelques gramme de poussière, marchand de sable cauchemardesque, comme un baiser sans passion. Une lente attente... les yeux dans les yeux, avec une bouteille de lait.
| Lun 16 Juil - 19:59

Morgan Marshall



Elle ne m’étreignait plus. Ses bras m’avait retenu, QUE LE TEMPS AVAIT ÉTÉ LONG, un à ma gorge, l’autre couvrait mon bassin et bas-ventre. Je n’avais pas pu fermer les yeux. J’avais simulé de la satisfaction, sans hésitation. Je me retenais. Il ne fallait pas régurgiter ici. Pas maintenant. Pas contre la maire de Mayaku. Je quittais ses seins accoler à mon échine, ses membres de manière générale. Je vacille sous le tamisé de la pièce. À avoir mal pour récupérer mes affaires, pour s’habiller et utiliser la fenêtre pour se tirer alors qu’elle se douchait. Clairement, j’avais été son coup du soir, celui sans lendemain. Putain. Il n’y avait pas de l’amour. Il n’y avait que du business, et ils* le savaient. (*I mean - The Wolf, The Owl) Elle le savait. Elle le saurait bientôt. Tout ça n’était pas vain. Tout ça n’était que le commencement d’histoires bien plus lourdes de conséquences qu’elles ne se font croire.


    Tout ça pour la drogue.



Aucune envie de rentrer chez moi après qu’elle m’est sauté. Trois heures du matin, personne dans les rues. Y avait plus qu’çah dans ma tête, PUTAIN, la maire m’avait sauté. Les yeux vaseux, l’entrejambe qui a mal, la gorge serrée, voilà des sensations qui ne m’étaient pas arrivées depuis des mois. Je l’avais gâtée. Je portais mes doigts à ma tempe, dégouté. Il fallait que je quitte le Nord. C’en avait été trop pour moi ce soir. Tu fermes les yeux, remémore les scènes, déglutis, entend le klaxon d’un chauffard, reviens à la raison quand tu te fais presque frôler ; déjà un pied à l’Est, déjà traité de salope. J’élève le nez aux immeubles, je voulais presque finir dans un motel, or me rendre chez Vaska me paraissait être la meilleure opportunitée. Une soif d’oubli. Envie de rire d’un rien. Ne plus se maîtriser et regarder, de longues heures, ce qui se trouve devant soi. Du moment que les minutes sont là pour s’écouler, sans t’attendre.

Vasily, était le chaperon rouge. Il lui manquait un bras et je savais qu’en continuant à me droguer, je risquerais probablement de finir comme lui. Je le niais. Je sniffais plus que je ne me piquais. Vasily - ou Vaska comme j’aime l’renommé - était le chaperon rouge, mort et mon meilleur pote de défonce. Il m’apportait ce que j’avais envie. Il m’envoyait là-bas, me faire croire à du mirifique. Pays de l'intangible. Pays du désir omnipotent. Bordel de merde, mes pas se pressaient, il fallait que je parte. Je voulais être haut. Tellement haut pour oublier l’enfant de putain que j’avais été ce soir. Je veux qu’il me soulage avec ces remèdes d’enflure. Qu’on voyage. Oublier ce dégoût sur ma langue et garder les yeux ouverts pour regarder la vie, ô comme elle peut être merveilleuse. Je manque de me casser la gueule sur les pavés, ma main me raccroche à un pan de mur en brique.

À côté, c’est la porte du squat de Vaska.


Mes doigts frêles se déposent, pousse la porte. J’entre et quoah? J’ai les senteurs que je voulais qui me prennent toutes entières à l’égale d’un vent frais, apaisant. En cet instant même, j’avais déjà refermé la porte - parce que fallait pas qu’elles s’échappent, ces merveilles -, élevé mon visage à l’appartement, entr’ouvert les lèvres et pris la plus belle inspiration que je puisse prendre. La vérité, c’est que çah m’en aurait presque donner un orgasme. Je r’ouvre les yeux à demi-clos, bas des cils, et me meus pour retrouver le brun des forêts enchanteresses. Putain. La plante était de partout. Les seringues gisaient le sol. Son bras aussi.
Merde, il était encore vivant. Là, à la cuisine, à faire je ne sais trop quoah et ça m’en faisait sourire. Connement, j’en sais trop rien pourquoah, mais je souris. L’appel de l’herbe. L’pyramide de Maslow. J’s’ l’chien qui remue la queue devant l’os. Vaska, il s’en foutait. Vaska était quasi mort, et son état me faisait quasi bander. En fait, il phasait. Je savais qu’il allait bien et je savais que, par extensio, moi aussi j’allais être bien. Je dépose mon sac d’un geste mou. Il s’échoue par terre et la poussière s’envole pour se déposer autour. J’enlève mes vans et je mets du son de teuf. J’augmente le volume, juste de quoi faire que ça soulève le coeur du Russkov. Il avait dû oublier de rappuyer sur le bouton. Rien de méchant comparer à ce qu’il préparait.

J’croise les bras, épaulé contre l’encadrement d’une porte inexistante.

    meeeerde. Vaskaa . . . t’es oof. lait à la weed?



sick
@morden

Coups de coeur ♥