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 "Tu vois ce que je veux dire ?" "... Pas vraiment, non." || Aden.

| Mar 3 Oct - 18:56

Aden J. Parker


       

     

ADEN JEZABEL PARKER

“Le monde est aveugle. Rares sont ceux qui voient.”

       
 
Quartier
OUEST

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Surnom : Aimée.
âge : 27 ans.
genre : masculin.
orientation : gauche.
métier : auteur de romans érotiques.
origines : anglaises / japonaises.



Tu vois Aden, t’es un type bien. Un chic type, comme diraient les vieux. Un gars sûr. Tu es ke genre de mec sur lequel on peut compter, tout le temps, toujours, qu’importe l’heure, la météo, ce que tu faisais… si on a besoin de toi, on a juste besoin de t’appeler et tu rappliques. Bon, faut aussi te payer un taxi, parce que niveau mobilité, t’es pas forcément au top, tout le temps. Mais sinon, tu viens.

T’es aussi le joyeux luron de service, celui qui sait faire preuve d’humour et d’autodérision dans presque toutes les situations. On te voit très peu souvent triste, mal aimable, désagréable… au contraire, t’as toujours un sourire aux lèvres. Sauf quand tu écris. Seigneur… tu es tellement passionné et concentré quand tu écris. T’es beau. Le regard rivé sur un point invisible que toi seul peux voir. Le dos bien droit. Tes écouteurs dans tes oreilles. Tu écoutes quoi, d’ailleurs, quand tu écris ?

« Les confessions des prostitués que j’ai entretenues. »

Ça a l’air fascinant. Pour toi en tout cas. Tu es tellement à fond dedans, que rien ni personne ne peut te sortir de ta transe d’auteur. Mayaku pourrait être submergé par un tsunami que cela ne t’arrêterait pas pour autant…

Je t’envie, parfois, un peu, tu sais ?

« Je sais, tu me l’a déjà dit. »

Haha, idiot. Le pire, c’est que je sais, moi, que tu ne comprends pas pourquoi on peut t’envier. Que tu as toujours peur qu’on te juge, qu’on se demande pourquoi tu as saboté une carrière dans la psychologie pour te lancer dans l’écriture. C’était un métier somme toute plus sûr, psychologue. Mais toi… toi, t’aimes pas ce qui est sûr. Mais surtout, tu préfères ce qui te fait vibrer. Parce qu’avec ton métier, tu as fait plein de nouvelles choses, tu as vécu énormément de nouvelles expériences. Tu as commencé à faire du tir à l’arme à feu, dans un centre, avec une aide audio. Du tir à l’arc aussi. On se demande toujours comment tu peux réussir à atteindre la cible, avec ta cécité. Parce qu’on arrive pas à s’imaginer que nos autres sens peuvent être aussi précis que la vue. Et pourtant, tu touches. Pas toujours dans le mille, c’est même plutôt rare, pour l’instant. Mais tu touches. A tous les coups. Ou presque.

Mais surtout… surtout… je sais que tu es une éponge. Que tu investis le rôle de ton personnage principal, lorsque tu écris. Que tu penses comme lui, vis comme lui. Deviens comme lui. Et ça te change. Pas entièrement… mais ça se voit. Ça se sent. Et à notre contact aussi, tu changes. Tu prends le meilleur et le pire, parfois, de nous. Tu le fais tiens. Tu aspires des choses, les retiens… et les ressors, à ta façon. Ou de manière semblable. T’es juste une putain d’éponge. Et ça, tu vois, Aden. Ça, ça me fait peur pour toi. Parce que tu es fragile, dans le fond. Et qui sait jusqu’où ton « talent d’éponge » pourrait te mener, selon tes rencontres ?

« Tu sais très bien que je vais faire attention… »

Ouais, je sais. C’est ce que tu me dis et répète. Mais ça m’empêche pas de flipper, tu vois ?

« Ouais, je vois très bien, ça me semble tellement clair, t’as pas idée. »

Et t’arrives encore à me faire marrer et me sentir con, alors que je te parlais de quelque chose de sérieux… tu vois, ça, c’est un problème chez toi aussi… t’arrives pas à être sérieux. Tu prends toujours tout à la rigolade, comme si la vie n’était qu’un jeu. Mais tu devrais le savoir mieux que quiconque, Aden. La vie, c’est pas un jeu. La vie, c’est une pute qui te baise et te le fait payer par derrière…

Alors vraiment. Vraiment. Fais gaffe à toi, Aden. Parce que je m’en voudrais de pas réussir à te protéger.

« J’ai pas besoin que tu me protèges, je suis assez grand pour le faire. Et je te promets de faire attention, ok ? Aller, arrête de t’inquiéter. Viens. On va se boire une bière. »

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Aden est un homme plutôt basique physiquement. Il frôle le mètre soixante-douze sans réellement l’atteindre, pour une soixantaine de kilos. Des cheveux longs, noirs corbeau, parsemés de splendide reflets bleutés, à la coupe dégradée et peu entretenue.

Réellement, physiquement, il n’a rien de très marquant. Si ce n’est son regard flouté, brouillé, pâle et terne… un regard aveugle, un regard d’aveugle. Car Aden, à cause de sa maladie est né aveugle, est né avec ce regard mort. Mais un regard bleu. Parce que c'est bien, le bleu. Il n’a jamais pu voir le monde qui l’entoure. Pour autant… paraît-il que l’on ne peut pas manquer de ce que l’on n’a jamais connu.

Aden compte quelques cicatrices sur le corps. Des erreurs de parcours, des accidents stupides, il n’est pas totalement fier de toutes. La plus visible, c’est celle qui trône sur sa pommette gauche. Un joli petit croissant de lune. Parfois, quand on lui pose la question de comment il s’est fait ça, il s’amuse à inventer des histoires -après tout, c’est son métier, d’inventer des histoires : il s’est fait agresser, un soir, en rentrant de sa maison d'édition, ou encore on lui a cogné la tête contre un mur -pas très crédibles, vous en conviendrez. La véritable raison ? Il s’est mangé la table de basse de son salon, un soir, lors de son enfance, alors qu’il chahutait un peu trop. Pas très glorieux, nous sommes d’accord.

Pas de tatouages, pas de piercings. Une tâche de naissance en forme de croissant de lune -à croire que c’est son signe- sur la clavicule droite. C’est tout. Basique, quoi. Vraiment.

Niveau vestimentaire, là non plus, rien de bien dingue. Sa garde robe est remplie de vêtements noirs. Pour la simple et bonne raison qu'ainsi, il ne peut pas mal assortir ses fringues. Parce que bon, quand on est aveugle, on n'a pas forcément de quoi apprécier le sens du style sous toutes les coutures et sous toutes ses couleurs. Ah. Si. Il a bien une chemise. Rouge sang. Cadeau de ses parents. Et s'il peut la reconnaître, c'est uniquement grâce à la texture du tissu qu'il a imprimé dans sa mémoire.

Voilà à quoi ressemble notre homme, dans ses grandes lignes.


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Aden est le fruit de l’amour de ses deux parents, rencontrés par hasard dans un des nombreux bars de la jolie ville de Mayaku où ils étudiaient. Eiko et Charles Parker forment un couple sain, équilibre et plus que tout : aimant et attentionné. Et la seule chose, à leurs yeux, qui leur manquait, n’était autre qu’un enfant. Une descendance. Le résultat de leur amour consommé. Aden Jezabel, si c’était un garçon. Aimee Morgan, si c’était une petite fille.

La grossesse s’est bien passée, sans trop d’encombres. Il y a eu un souci au niveau du cordon ombilical, des échographies ont été faites, mais personne ne s’est alarmé de rien. Tout s’est bien passé. Et Aden est né le 4 avril 1982, à terme, sans problème particulier. Eiko a remarqué, à la naissance, qu’il n’ouvrait pas du tout les yeux. Elle n’a pas eu cet échange du premier regard, lorsque l’enfant vous est mis dans les bras, mais elle ne s’inquiétait pas. C’était son premier. Il sera son seul.

Et son seul a été emmené par l’équipe de pédiatrie, pour le premier examen. Examen qui fut étonnement long. Puis la pédiatre est arrivée, avec Aden dans les bras et a commencé à expliquer au jeune couple qu’il y avait un souci. Une histoire de cornée blanche, problème avec les yeux. Le nouveau-né devait voir l’ophtalmo. Il a alors été transféré dans un hôpital, en service pédiatrique, pour subir des examens sous anesthésie.

Diagnostic ? Syndrome de Peters. On a expliqué aux jeunes parents la cause : un mauvais développement de l’embryon. Une mauvaise migration ou bien un dysfonctionnement des cellules du mésenchyme secondaire. Le couple s’est arrêté de suivre à ce moment-là, la suite devenant beaucoup trop technique. Mais en clair, cela voulait dire que leur fils était aveugle. Et qu’il le resterait.

Ce fut un coup dur pour Eiko et pour Charles. Les premières nuits après le verdict n’ont pas été évidentes. Les larmes, les questionnements, tout… tout était si compliqué et si incompréhensible. Pourquoi ? Pourquoi cela devait leur arriver à eux ? Et comment ? Puisqu’ils étaient sains. Ils n’étaient pas porteurs du syndrome de Peter.

Des examens complémentaires devaient être fait. Tous les mois, pour commencer. Puis tous les trois mois.

On peut dire qu’il y a mieux, comme venue au monde, non ? Pour autant… Eiko et Charles ont vite compris que voyant ou non… leur fils restait leur fils. Et qu’ils ne l’en aimeraient pas moins pour autant. Et ce, encore plus, alors qu’Aden fut confronté aux « autres », pour les premières fois.

« Oh mon dieu ! Mais qu’est-ce qu’il a votre fils ?! »

La question commençait à devenir habituelle, redondante et Eiko le prenait toujours avec philosophie. Sauf cette fois-ci.

« Rien. Il est aveugle, c’est tout. »

Sauf que la réponse escomptée de la mère de famille, croisée dans la rue, ne fut clairement pas au goût de Eiko.

« Pour vivre avec ça… »

Et la réponse de la jeune mère aimante fut brutale, mordante.

« Vous avez raison ! J’aurais dû le faire tuer à la naissance ! Il ne devrait pas vivre ! »  

Ce fut la première fois où Eiko est devenue agressive. Malheureusement, ce ne fut pas la seule. Mais la mère compris. Aveugle ou non, son fils avait le droit de vivre. C’est un être humain, comme un autre. Un enfant comme un autre. Et elle, et Charles, se sont fait une mission de le défendre des imbéciles, jusqu’à ce qu’il soit assez grand pour le faire lui-même.

Sur une décision unanime de ses parents, il a côtoyé une crèche « normale ». Avec des enfants « normaux ». Le personnel était très gentil, ils portaient une grande attention au petit Aden. Mais ils ne laissaient, pour autant, pas passer les bêtises du jeune enfant, comme pour tous les autres.

Aden a ainsi grandi. Entre les rendez-vous avec un psychomotricien et une éducatrice spécialisée, Aden a appris à maîtriser son corps et à vivre avec son handicap. À vivre comme tout le monde. Mais avec un sens en moins, tout simplement.

Aden a ainsi connu une vie relativement basique, comme tout enfant de son âge. Il n’a jamais été mis à l’écart, par ses parents en tout cas, ni, au final, par les autres enfants. En primaire, c’est de lui-même qu’il s’est mis à l’écart, dès les premières années, pour éviter les confrontations. Pourtant, d’autres tentaient de l’approcher, d’apprendre à le connaître. Mais Aden s’était renfermé sur lui-même. Ses parents ont cherché un moyen de l’ouvrir aux autres, car même à eux, il ne voulait plus réellement parler. Aden s’était rendu compte, bien évidemment, qu’il n’était pas comme les autres. Comme ses parents. Comme les autres enfants. Il le sentait. Il sentait le regard curieux des autres sur lui.

Pour le faire sortir de sa coquille, ses parents ont réfléchi à quelques activités qui pourraient lui permettre de s’ouvrir aux autres. Pas de boxe. Pour un enfant d’à peine sept ans, aveugle, ce n’est pas le meilleur choix. Gymnastique non plus. Tennis, plus que compliqué… bref, pas d’idée pour l’instant, c’est compliqué.

Bon, ils ont commencé par lui prendre un chien. Sur conseil du pédopsychiatre qu’ils ont commencé à voir. Aden se doutait bien que quelque chose n’allait pas, à la base. Pour autant, c’était un gentil monsieur, qui le laissait parler, comme il le voulait. Sans le forcer. Mais ça ne suffisait pas, de parler, à ce monsieur. Et puis, surtout, il n’était pas magicien, l’homme.

Il l’avait nommé Helen. C’était un berger australien de toute beauté. Mais ça, Aden ne pouvait le voir. En revanche, il pouvait le toucher. Le caresser. Sentir son pelage sous ses doigts. Son souffle contre les paumes. Sa langue épaisse, sa bave également. Il pouvait entendre son souffle, ses aboiements… son cœur battre, lorsqu’il s’allongeait à ses côtés et posait sa tête sur son flanc. Le sentir courir à ses côtés, sentir son museau contre ses cuisses, ses dents mordiller ses fesses lorsque le mouton Aden s’éloignait trop de ses bergers, ses parents.

Aden souriait de nouveau. Aden riait aux éclats. Eiko a compris, à ce moment-là, à quel point les animaux pouvaient s’avérer être une thérapie pour tout un chacun. Car Helen leur a également beaucoup appris, à eux deux. À Charles et elle. Ils ont alors décidé d’emmener Aden au zoo, pour qu’il profite des animaux. Mais ce n’était pas l’idéal. L’enfant avait besoin de contact pour visualiser. C’est alors dans une ferme pédagogique qu’ils l’ont accompagné. Des chèvres, des moutons, des poules… un poney. Aden est tombé amoureux de cet animal. Il lui semblait majestueux. Doux, paisible. Et pourtant, il dégageait une force que l’enfant à tout de suite saisi. Un caractère bien forgé, une volonté également. En rentrant, le soir, il a demandé à ses parents s’il pourrait faire de l’équitation. Premièrement, ils lui expliquèrent qu’avec son handicap, ce ne serait pas possible. Mais devant la mine détruite de leur fils, devant sa détresse et ses larmes, ils se sont mis à se renseigner, ont contacté plusieurs clubs pour plus d’informations, comment le handisport pouvait se pratiquer dans ce cas. Si presque tous leur ont dit que c’était inutile, qu’il valait mieux qu’il se fasse une raison. Il faut bien comprendre qu’à cette époque, les aides audio n’étaient pas forcément développées, et on ne pensait pas réellement à l’approche humaine et animale, l’écoute de l’un envers l’autre, de l’apprentissage éthologique, au final. Mais un club, petit, un peu plus excentré que les autres, leur a gentiment répondu. La directrice leur a expliqué que ce ne serait pas chose aisée. Qu’il faudrait qu’il ai des cours particuliers et que cela aurait un coût, car il nécessiterait que le moniteur ne s’occupe que de lui, qu’il lui décrive avec précision l’ensemble des lieux, les distances, tout. Eiko et Charles aimaient leur enfant. L’aiment toujours. Et dépenser pour leur unique chérubin n’était pas un problème. L’inscription fut son cadeau d’anniversaire, pour ses huit ans.

Il a commencé, sous la tutelle d’une jeune femme, patiente, attentionnée, qui lui a appris les règles de sécurité au boxe, en étant à ses côtés, en l’aidant beaucoup au début. Puis en le laissant autonome, mais sans jamais s’éloigner de trop. Le travail s’est principalement fait à pieds, au commencement. Il fallait qu’il apprenne à connaître celui qui serait son partenaire de monte. Il s’appelait Caïd, le premier poney avec qui il a appris. Un poney avec son caractère, particulièrement mordant avec les autres enfants, ce qui en faisait un animal craint par ceux de l’âge d’Aden. Mais Aden n’a pas choisi sa monture, bien au contraire. Emma, sa monitrice, l’a emmené au padoque, là où un petit groupe de poneys profitaient de leur liberté temporaire. Elle lui a demandé de se tenir droit, devant eux, une main tendue, paume offerte. Et d’attendre. De rester calme. Elle n’était pas loin. Jamais. Et bien évidemment, il avait une bombe visée sur le crâne. Sait-on jamais. Et il a attendu, ainsi. Une vingtaine de minutes se sont écoulées, certains des équidés l’observaient avec curiosité, d’autres continuaient de profiter de l’herbe verte. Quand Caïd a fini par prendre l’initiative de venir vers lui. Et venir glisser son nez dans sa paume et s’immobiliser, là.

Le choix était fait.

Aden n’a monté que Caïd, jusqu’à ce que sa taille et son poids ne conviennent plus. Mais même lorsqu’il dû changer de monture, il revenait toujours voir son compagnon, en n’oubliant jamais d’apporter une pomme, un sucre, un morceau de pain ou une quelconque friandise adaptée à l’animal.

Le fait est que l’équitation lui a appris à s’ouvrir, petit à petit, à l’animal. Et puis, petit à petit, aux autres. Il a fini par accepter qu’on l’approche. Qu’on lui parle. Il a accepté la curiosité des enfants de son âge. Leurs questions sur son handicap, sur sa vie quotidienne. Sur tout. Il était apprécié. Populaire. On jouait avec lui aux bandits et aux voleurs, à cache-cache, à colin-maillard. Et ce n’était pas toujours à lui de devoir trouver les autres. Même s’il était, au final, bien plus doué que ses petits camarades voyants. Et qu’il les reconnaissait tous, sans exception.

Aden a grandi. Il a continué l’école. Toujours entouré, jamais délaissé. Il a connu sa première petite amie, au lycée. Une adolescente du nom d’Akiko, qu’il a emmené au bal de promo. Il la savait très jolie, dans sa robe en mousseline, bleu nuit, qu’elle lui a dit. Il lui a noué sa rose blanche, au poignet. Et ils ont dansé, toute la soirée. Croyez-le ou non, il a été élu roi du bal de promo. Ce fut une excellente soirée, pour lui. Lui qui a toujours voulu rester discret, mais qu’on ne peut pas rater.

Il a également connu sa première fois, avec elle. Dans la voiture, en rentrant dudit bal. Cliché, vous direz. Mais Aden était un jeune de dix-sept ans comme un autre, timide à l’idée de ramener sa copine au domicile familiale pour y faire quelques affaires intimes. L’expérience fut d’ailleurs catastrophique. Un doigt dans l’œil, un geste trop brusque, sa tête qui a cogné contre le toit de l’habitacle… expérience avortée au bout d’une trentaine de minutes. Mais qui reste un souvenir qu’il chéri. Amusante anecdote.

Ils se sont séparés, quelques mois plus tard. Elle était partie faire ses études à l’autre bout du Japon. Il est resté à Mayaku. Il a choisi psychologie. Il a refusé de la suivre. Elle ne supportait plus la distance, avait besoin d’attention, de contact, de tout ce qui fait d’un couple, un couple, selon la « norme ». Mais Aden et la norme… ce n’est pas le grand amour depuis la naissance.

Par la suite, il s’est littéralement concentré sur ses études. Mais le corps humain est ce qu’il est, il éprouvait des envies, des désirs. Qu’il ne souhaitait pas, pour autant, assouvir avec la première venue. Alors, il se perdait dans les films, dans les romans érotiques. Il a toujours été grand lecteur, de base. Il aime les livres, il aime les mots, le sens de chacun, leur sonorité… leur grain. Et puis, il s’est mis, petit à petit, à écrire, lui-même.

Des nouvelles maladroites, mais prometteuses. Au début, à titre personnel, par pur plaisir. Avant de commencer à les publier, sur un blog. C’était son activité pour se détendre, entre deux révisions. Ça, et l’équitation. Helen l’avait quitté depuis quelques années déjà et il n’osait pas, dans sa chambre étudiante, y enfermer un autre animal. Même malgré la compagnie, la tendresse que peut vous apporter un animal. Le réconfort, aussi.

Il réussit ses études. Sans jamais arrêter d’écrire, à côté. Seulement, un soir de sa dernière année de doctorat, alors qu’il était assis autour d’une bière, dans sa chambre, avec ses plus proches amis, un silence lourd et pesant s’est fait entendre.

« Aden… faut qu’on t’avoue quelque chose… »

L’affaire semblait grave. Il a commencé à s’inquiéter sérieusement. Allait-on lui annoncer quelque mauvaise nouvelle ?

« Voilà. Tu sais qu’on lit tes histoires. »

Pourquoi parlait-on de ses écris maintenant ? Quel rapport ?

« Le manuscrit que tu nous as fourni, le tout dernier… on l’a dévoré. On l’a trouvé tellement bon… qu’on l’a envoyé à plusieurs maisons d’édition. »

« Pardon ? »

Faire ça dans son dos ? Il était choqué. Flatté. Mais en colère, un peu, tout de même. Au point où il en a vidé son verre cul sec.

« On sait, excuse nous, nous n’aurions pas dû le faire sans t’en parler... mais on savait également que si on le faisait, tu ne te serais jamais lancé alors que pourtant… pourtant, tu en rêves. Tu nous l’as déjà dit, que tu adorerais être publié, que tu aimerais tant pouvoir en vivre… »

Certes. Mais cela ne changeait rien au fait que… eh bien, de toute façon, qui pourrait vouloir publier un jeune étudiant inexpérimenté en les choses de l’amour, au fond ? Qui pourrait bien fantasmer en lisant ses histoires à deux balles, hein ?

« On ne pensait pas qu’elles nous donneraient suite, soyons francs. Pourtant… une d’entre elle nous a recontacté, aujourd’hui. Ils voudraient te rencontrer. »

Il ne savait que répondre.

On l’a convaincu de tenter sa chance. Alors sa chance, il a tenté.

Le directeur de la maison d’édition l’a reçu, avec son découvreur de nouveaux talents. Ils ont été surpris de découvrir un aveugle, derrière ces textes. Mais surtout, de découvrir un homme, en réalité. Plus qu’un aveugle, au final. Son handicap ne les a jamais dérangés. Et ils aimaient ce qu’il faisait.

Il a signé, voilà maintenant deux mois. Et il est diplômé en psychologie. Comme quoi...

Et ce qu’il fait toujours, aujourd’hui. Sous le pseudonyme d’Aimée. C’est son éditrice et amie, Mariko Ueno, qui lui a conseillé de garder l’anonymat, lorsqu’Aden lui a expliqué qu’il n’est pas à l’aise avec les foules, qu’il ne veut pas que les gens aient de drôles d’aprioris à cause de sa cécité… Et cela fonctionne plutôt bien. Aimee Parker est populaire auprès de la ménagère de cinquante ans en quête de romantisme plus ou moins tendre, ou bestial, ou… exotique, les changeant de leur sempiternel et ennuyeux missionnaire.

Ce qui a le plus amusé Chris, c’est sûrement lorsqu’Aden a répondu à sa question d’où il allait chercher autant d’idées et s’il est si populaire auprès des femmes, s’il a autant d’expérience que cela pour décrire aussi bien les scènes érotiques.

« Non. Je n’ai couché qu’avec deux femmes dans ma vie. Et cela ne me rend pas forcément triste. Je n’ai pas l’impression d’avoir besoin… de ça. Je veux dire… je m’en passe très bien. Mais… si tu veux tout savoir, je paye des prostitué-e-s. Ils passent sur mes notes de frais. Étonnant d’ailleurs que tu ne l’aies toujours pas vu. Je ne couche pas avec. Je les paye pour parler. Certaines d’entre eux m’ont pris pour un fou et ont fui sitôt payées. Les autres trouvent ça reposant. Je les fais s’assoir dans mon canapé, avec une tasse de thé, un café, je leur paye un repas… ce qu’ils veulent, en fait. Et je lance l’enregistreur. Je leur demande de me décrire ce qu’ils ressentent quand une femme ou un homme les touche. Avec détail. C’est plutôt cru. Certain-e-s ne sont pas loquaces, ils n’arrivent pas tous à retranscrire l’intensité de la chose… ou le dégoût qu’ils peuvent ressentir pour certains, tout ça. Mais… c’est formateur. Et lorsque je me mets à écrire, j’ai un casque sur les oreilles, j’écoute leurs confessions. Certain-e-s se sont reconnues, dans certaines de mes œuvres et m’ont envoyé un petit message. Des remerciements, des remarques amusées… d’autres m’ont insulté. D’autres encore ne savent pas lire. Ça m’amuse, au final. »

Aujourd’hui, Aden a vingt-sept ans, célibataire endurci au plus grand damne de sa bienveillante maman qui voudrait se voir devenir grand-mère. Mais Aden n’a qu’un amour : son travail. Ses romans. Ses personnages… il ne se sent pas prêt à se partager.


avatar © LittleUlvart by Eurydyce
| Mar 3 Oct - 21:05

Morgan Marshall

    Bienvenue à toi @Aden J. Parker!

    En te lisant j'ai eu l'impression de voir un Gihbli. Te connaissant, je trouve qu'il y a une belle part de toi au travers de ce personnage et le côté mise en abîme, voire 'Inception' pour ceux qui préfèrent le versant Cinématographique, est très riche. Tu as rédigé des passages un peu à la Selby aussi, haha, mais ça c'est moi ; j'aime trop cet auteur. pardon. C'est beau, vraiment. Une histoire qui se lit agréablement et que je vous conseil à tous de lire et commenter!

    Un bel avatar, je réitère. Je pense que la DreamTeam pourrait réfléchir avec toi à une manière de permettre aux écrivains de publier effectivement leurs écrits sous une forme plus agréable qu'un topic RP et de façon à mettre vos publications en valeur. ~

    Il te manque qu'un petit avatar 100*100 è tutti che va bene per té.

    Au plaisir de te lire et d'écrire avec toi :)



sick
@morden

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