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Mouse and Ghost{ Phymeris

Sam 21 Sep - 16:05
« Tu peux me laisser là, Masao. »

La voiture pila presque, crissement désagréablement aiguës des pneus contre l’asphalte oublié de la mairie de Mayaku. Le slave grimaça, une ride se formant au coin de ses lèvres sombres. Il posa sa main sur la poignet de la portière avec un soupire, sortant dans un bruissement de tissu et claquant froidement la porte. Regard boréal qui effleure à peine le conducteur, alors qu'il sortit son téléphone de la poche intérieur d'un caban gris soulignant la carrure de ses épaules, et lui offrant la prestance qu'une naissance prématuré avec interdit à son corps.

« Je t’appellerais quand tu pourras venir me chercher. »

Articula-t-il pour accompagner la chorégraphie maîtrisé de ses pouces blancs sur l'écran de son téléphone, dans un dernier check de ses messages. Réflexe d'un homme qui avait réussit après des années à prendre le contrôle de sa vie, et qui ne le rendrait pour rien au monde, grisé par les effluences du pouvoir. Un message, où il distilla un peu de tendresse, pour Ida, et il rangea l'objet dans son manteau. Du bras, Airat repoussa la porte du salon,  avançant les mains dans les poches, son regard sans émotion prenant le temps de langoureusement laisser ramper son regard sur tout le décor – crâne de buffle et autre babioles aux murs, appliques industrielles aux couleurs chaudes dont la lumière léchait les murs rouge cryde,  grands canapés de cuirs aux teintes brunes– avant de le poser sur la silhouette derrière la comptoir. Un sourire maîtrisé, mélange de politesse et de suffisance, retraça la courbe de ses lèvres. Démarche lente de celui qui n'est pas maître des lieux, mais qui se sait supérieur au vrai propriétaire, aux coins de sa bouche, le plie assuré de quelqu'un s'apprêtant à jouer une bonne partie. Phymeris Deteripsa et lui se connaissaient d'avant le clan. Même si ce ne fut qu'une soirée perdue quelques années auparavant, ses ruskovs de potes contre ses nippons d'amis. Les cultures s'étaient heurtés, la morgue suintant des bouches, les virilités blessées venant jouer des muscles les unes contre les autres, tentatives d'intimidations qui l'avait fait rire au début, lui l'homme qui n'en était pas vraiment dans sa Sainte mère patrie, trop nécessiteux des bras de ceux lui ressemblant en tout point. Puis des poignes avaient lâché des verres pour se ramasser en poings, qui avaient finit balancer sur des pommettes et dans des ventres, formation d'azurs sur la peau, ascension des décibels autour de lui et de l'adrénaline. La barrière de la langue, du Japonais qu'il ne maîtrisé à l'époque pas assez, il tenta seul d'endiguer le problème à coup de « Calm down », avant de voir cette petite femme là ce lever, torche humaine tenant tête à n'importe quel homme de n'importe quel groupe, avec un calme assuré et méfiant.
Finalement un coup avait échoué sur sa joue, marque rouge comme sa colère, rouge comme les mèches enflammés autour de son visage, et il avait laissé ceux aimant le langage des poings « discuter » entre eux, partant avec un soupire condescendant, sans un regard pour le petit feu-follet, qui pourtant l'avait marqué.
Lorsqu'il l'avait entraperçut à l'Ajito des semaines plutôt, il avait cru rêver. Il l'avait vu, elle l'avait vu, mais aucun pas vers l'autre n'avait été fait. Il était venu pour parler des affaires du clan avec Yumi, Phymeris, elle non-plus n'était pas seule, et l'Ajito avait été déserté sans qu'ils n'échangent une parole.
Puis il l'avait recontacté entend que second Saiki-komon, sans préambule, et ils en étaient à l'instant présent, elle accoudée au comptoir de bois, lui finissant par s'arrêter de l'autre côté du zinc, adversité de regards aux nuances semblables.

« Phymeris Deteripsa. Ou la Souris. Ça faisait longtemps. »

Ton doucereux, qui ne masquait pas la légère animosité, sourire toujours de façade, qui sous couvert de politesse, raillait. Il vint s'accouder aussi au comptoir., détaillant la tatoueuse et ses nombreux bijoux, aux poignets, aux oreilles, au cou. Lueurs et reflets surréalistes, qui sur sa peau dessinaient parfois des tâches de couleurs fantaisistes, marques oniriques d'un esprit créateur et artistique. Le sourire s'envola sans préambule, laissant le visage glacial du slave, regard lasse promettant la mort et la revanche, pommettes taillés, et bouche inanimé dans une expressivité totale. Voici venu le temps des affaires, et pas des politesses ou des sentiments. Il ne vit en Phy plus qu'un membre du clan, femme aux poings efficaces, qui saurait se sortir de ce qu'il lui demanderait.

« Tu aurais un coin plus tranquille que le hall de ton salon, pour parler ? »

Articulation sèche. Nav reprit du service.

Airat Aslanov

Airat Aslanov