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Whispering _ ft Phymeris

Lun 15 Juil - 11:07
Les silencieux...

Les morts ne bougent pas. Endormis, à jamais, dans des caissons froids. Morceaux de viande au congélateur. Accidentés de la route. Des cancéreux. Des cadavres, qui ont trop longtemps attendu. Une transplantions. Des organes. Une transfusion. Du sang. La pourriture qui les attend. Ou les flammes. Celles d’un four, ou d’un crématorium. La terre, ou le feu. Les vers, ou le brasier. L’humus, ou les cendres. Lui non plus, ne bouge pas. Son bras, déposé. Sur une table froide. Les semelles au-dessus d’un carrelage blanc. Le torse nu, pour profiter de ce froid. Qui lui évoque ce qu’il a perdu. Ce qu’il a dû quitter. Ce qu’il a laissé derrière lui. Une autre vie. Des ecchymoses, et quelques cicatrices, sur sa peau blanche de macchabée. Il se sent, quelque part, à sa place. Entouré des silencieux. De ceux qui ne se réveilleront pas. De ceux qui ne marcheront plus. De ceux qui ne sortiront que les pieds devant. Et le silence. Il attend. Sachant que personne ne viendra. Personne d’autre que celle qu’il doit voir. Celle avec laquelle il doit parler. La seule qui sera autorisée à pénétrer, ici. Là où les oreilles n’entendront rien. Où les yeux ne verront pas. Où les bouches ne parleront pas. Les morts. Il s’est assuré de ça. Un arrangement avec quelques internes, qui ne crachent jamais sur un peu plus d’argent. Comme n’importe qui dans cette putain de ville.

Les choses changent, jamais véritablement. Elles demeurent, les mêmes, toujours. Il n’y a que la couleur des yeux, la coupe de cheveux, qui est véritablement différente. Le monde, reste le monde. L’humain, reste humain. Le destin, est le destin. Et s’il est trouble, il le restera. Il commence à croire que la paix, et la quiétude, ne sont pas fait pour lui. Ou bien, il ne le croit pas. Il le sait. Il avait fantasmé ce pays, rêvé les japonaises, imaginé des choses qui n’étaient pas pour lui. Et maintenant, il y a les yakuzas. Il y a Yumi. Qui a laissé quelques traces sur son corps. Des coups, des griffures. Sur la plage, dans son lit. Il y a la mort, la discorde, le pouvoir. L’argent, la drogue. Le crainte, et le bord du précipice. Chaque pas rapproche du gouffre. Et il n’a connu que cela. La perspective d’une chute lente, la perspective d’une lutte chiante. Et c’est bien pareil ici. Il ne sait pas si cela lui convient. Ou s’il a envie de fuir, une nouvelle fois, encore. Vers un autre pays. Une sœur, aux Etats-Unis. Il y a l’Europe, aussi. L’Australie. Non, il lui faut du froid. Les pays scandinaves. Il y serait, un peu, comme chez lui. Surtout quand l’hiver viendra. Mais il sait, dans le fond de son ventre, que les choses seront pareilles.

Le dealer de spice, dans les hautes-sphères des yakuzas de Mayaku. Il n’y a pas vraiment de sens à cela. Ce n’est qu’une question de naissance, d’étoile, d’absurde. Et il se laisse trainer par le vent. Il partira quand celui-ci soufflera un peu trop fort, quand il l’emportera. Les muscles de son épaule gauche bougent. Pour se dégourdir d’un membre fantôme. Il y a du rouge dans ses yeux, résidus d’une substance de la veille. Pourquoi lui avoir donné rendez-vous de si bonne heure ? Il ferme les yeux, essaye d’invoquer le blanc dans ses prunelles. Des idées claires. Des pensées sombres. Il finira dans un de ces caissons, avant de pouvoir fouler la terre d’un autre pays. Il a fuit le pays de sa naissance, pour se précipiter dans autre où il mourra. Il le sait, quelque part. Encore une fois, dans son ventre. Inutile de fantasmer de nouveaux horizons. Inutile de fantasmer de nouvelles femmes. Inutile de fantasmer une nouvelle vie. Qu’il ne verra pas.

La porte s’ouvre, et ses paupières aussi. Phymeris. Pourquoi elle ? La réponse est simple. Un russe dans les hauteurs d’une organisation traditionnelle, ça fait parler. Beaucoup trop. Pour quelqu’un qui aime le silence. Il la regarde s’approcher. Et la couleur de sa peau justifie son choix. Il n’est qu’un de ces gaijins ici. Un de plus, un de trop. Et elle, par mégarde, est, par instant, considéré ainsi. Comme lui. Et son nom, qui n’a pas de connotation japonaise. Elle est l’une des rares à l’accepter. Complètement. Sans se méfier de lui. Sans comploter non plus. Sans la regarder un air mauvais. Et quelque part, il est l’une des seules à qui il fait véritablement confiance. Sans doute parce qu’il ne connait pas beaucoup d’autres yakuzas. Il n’est là, uniquement parce qu’on lui a demandé cette faveur. Et qu’il n’a pas réussi à dire non. Quelle importance, de toute manière ?

« Fermes la porte, s’il te plaît. Je me méfie de toutes oreilles. »

Il se redresse. Et ses semelles foulent, à nouveau, le carrelage, blanc et froid. Dans le fond de sa poche, il tire un paquet de cigarette. En attrape une, avec ses dents. Avant d’envoyer le paquet à Phymeris, et d’attraper son briquet, pour allumer le tabac, la nicotine, le goudron. Et les morts qui les entourent. Pour les réchauffer un peu. Avec une flamme de quelques centimètres.

« Merci d’être venu, Phymeris. Je vais avoir besoin de tes yeux, et de tes oreilles. Que tu me parles, aussi. Je n’ai, sincèrement, pas compris tout les aboutissant du poste que la Shinobu Gai m’a donné. Ce que je sais, c’est que c’est la merde. Et que je dois la protéger, elle, ainsi que vous tous. Et je connais cette odeur qu’il y a dans l’air. Tu sais te défendre ? »

Parce qu’il l’a déjà senti, autrefois. Dans une autre vie, qui n’était pas si différente de celle-là. Sa gorge et sa langue n’arrive pas à faire disparaître un certain accent. Des « r » qui roulent, notamment. Comme le froid sur sa peau. Sur les stigmates que l’amputation a laissé sur son épaule. Sur cette peau, sur ce corps incomplet. Il est temps d’endosser le costume. De jouer, au mieux, son rôle.

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Mer 24 Juil - 19:55
Cailloux.

Elle marche. Dans la rue, ses bottes claquent sur le pavé brunit, et le bruit rebondit, et le bruit résonne. Ça vient cogner contre la roche en un rythme régulier, un peu envoûtant, comme le clapotis de la pluie qui, goutte à goutte, vient marteler la pierre, vient abîmer le grès. Elle se dit qu’à force d’être foulées, ces rues vont finir par se polir, puis par s’user. Comme une gomme que l’on aurait trop frotté, qui s’émiette et disparaît. Rien n’est éternel, et quand ce n’est pas le temps qui vient effacer les traces, c’est la nature qui s’autodétruit. Un élément qui en charrie un autre, qui le fatigue, le décroche, le transporte, puis qui crée de nouveau en un cycle immortel. Et puis parfois, souvent en vérité, c’est l’Homme qui joue les bulldozers. À grand coup d’idéaux, à grand coup de ceinturons, il frappe pour modeler, anéantit pour reconstruire. Jamais satisfait, en éternel désaccord avec lui même, il piétine plus qu’il ne crée finalement. L’Humanité ne forme pas qu’un, mais sept milliards. Sept milliard de têtes vides obstinées à dominer le monde, sept milliards de coeurs impitoyables et égoïstes. C’est débile de les présenter tous sous le même nom, il est impossible de rallier tous les êtres humains sous une même bannière. Il y en aura toujours deux pour se faire la guerre.
Pendant des années, Phyméris refusa de prendre parti, qu’importait la situation, qu’importait le conflit. Elle observait, riait parfois, au mieux faisait l’arbitre, mais jamais elle ne voulait défendre l’un ou l’autre. En choisissant de rejoindre les Yakusas, elle imaginait poursuivre dans cette voie. Un groupe dit ni bon ni mauvais, acteur silencieux et discret aux méthodes douteuses mais justifiées par un intérêt commun. Il semblerait que ce ne soit pas toujours le cas, et que quelques individus peinent à s’y plier. À moins que ce soit elle, qui n’ai pas compris les règles du jeu.

Il fait encore nuit, et il fait terriblement chaud. Lorsque devant elle, s’écartent d’un commun accord les vitres d’une porte à détecteur de présence, elle sent l’air frais gifler sa peau. Ca soulage un instant, et puis déjà, elle s’habitue. Il fait bon à l’intérieur, mais à force de marcher, elle va bientôt trouver cela insuffisant.
Les couloirs s’alignent, ils défilent, et puis les escaliers. Elle n’a jamais aimé les ascenseurs, et puis elle a vu un film flippant la veille. L’histoire de neuf personnes prises au piège dans l’un deux, l’un ceinturé d’une bombe. Y’a du sang, des membres coupés aussi, un régal. Elle doute que son malaise soit passé au stade de peur, mais à choisir …

En bas, la Souris tombe sur un interne. Une blouse verte qui veut s’assurer de son identité. Il doit pourtant pas y avoir cinquante, des nanas aux cheveux roses venues à 4h du matin discuter aux morts. Elle précise son nom, son prénom, propose de lui donner également son numéro de carte bancaire mais il ne semble pas apprécier l’humour. Tant pis.

C’est un froid tout autre qui la saisit lorsqu’elle pénètre dans la morgue. Il fait sombre, ne persistent que les lueurs des bornes “ sortie “ pour éclairer la pièce. Des veilleuses pour rasséréner le sommeil de cadavres qui ne doivent plus avoir peur du noir, pour rassurer un homme qui ne semble pas craindre ce qui se tapi dans les ombres. En vérité, la tatoueuse soupçonne qu’il traîne déjà avec lui son lot de fantômes, comme un boulet de forçat solidement attaché à sa cheville. Depuis l’entrée, elle voit le squelette d’un bras perdu, il se reflète dans les ténèbres. Les cicatrices qui déforment sa chair nue, les stigmates, les souvenirs.
Elle ferme la porte à sa demande, même si elle l’aurait fait sans qu’il n’ait à prononcer le moindre mot. Puis elle s’approche.

Il n’est pas commun qu’on l’invite dans un lieu si sordide. Elle avait eu droit à un rencart une fois, sur la tombe d’une grande dame. Le macchabée cette fois était six pieds sous terre, pas laissé sur une table glaciale. Ca ne lui fait, en vérité, ni chaud ni froid. Elle a eu sa phase de morbide, où elle dessinait des créatures glauques, immondes, des monstres véritables sur des pans de murs entier. Elle aimait le noir, elle aimait d’inculquer la terreur. Une sorte de vengeance sur le monde, sur sa famille. Ca a fini par lui passer.
Elle saisit le paquet de clope, regarde le logo, puis elle le fait tourner entre ses doigts, comme un magicien avec une carte. Elle ne fume pas, alors elle opine simplement du chef en réponse à sa question.

- Je me débrouille.

Souris boxeuse depuis plusieurs années. Il paraît que son crochet n’est pas dégueu, mais elle ne se l’est pas infligé à elle même, difficile de juger.

-Que veux-tu que je fasses ?

La jeune femme le regarde. Elle le regarde non pas comme l’on regarderait un ami ou un égal, mais comme un chef. Et elle est le bon petit soldat qui s’exécute.

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Sam 27 Juil - 14:51
La poudrière

Le visage du tabac. Qui sourit, et rougit. Dans l’obscurité de la morgue. La cigarette entre les lèvres, il souffle quelques nuages de fumée. Qui viennent s’écraser, contre les murs froids. Planer, au-dessus de ceux qui ne vivent plus. Valser, autour de leurs corps, debout. Une lumière fébrile de plus. S’ajoutant à cette luminosité faiblarde, des bonnes de sortie. Les morts n’ont pas besoin de plus. Et lui non plus. Les pupilles dilatées captent la moindre lueur. Mais les synapses englués pixelisent l’image. Il y a un flou, sur son visage. Des contours qui manquent de netteté. Il sait que c’est elle. Parce que la flamme éphémère du briquet, s’est reflétée dans le feu de ses cheveux. Avant de lui brûler les rétines. De laisser une permanence sous les paupières. Une gravure. De lumière. Dans le noir. Il y a, aussi, le son de sa voix. Assassinant le silence lancinant des inanimés. Et la sienne, craquelant les carreaux du carrelage. Et ce boucan bouleverse l’hibernation des macchabés. Et c’est peut-être, encore, la dernière chose qui les distingue, tout deux, de ces corps congelés.

Le visage se relève. Du carrelage, aux mains de Phymeris. Jusqu’à son visage, ensuite. Et le paquet de cigarette tourne entre les doigts de la jeune femme. L’une d’entre elles brûle, au bout des doigts du russe. Une pointe de chaleur. Contraste avec le froid de la morgue. La neige, sur sa peau. L’hiver, dans son sang. Elle dit savoir se défendre. Qu’elle saura se débrouiller. Et quelque chose, en lui, a envie d’écraser, des phalanges sur son nez. Ou bien sa joue. Son menton. D’entourer sa gorge, de ses cinq doigts. Et de serrer. De la priver, lentement, d’air. Pour la voir se débattre, pour la voir se battre. Contre lui. Sentir les coups de la souris, sur sa gueule de chien. Abîmer, un peu, ce visage. Et avoir mal. Vaska esquisse un sourire fugace. Faible espérance de vie. Il meurt, à l’instant où il nait. Et que ses lèvres retrouvent le filtre de cette clope. Sa langue, le goût de la nicotine, et du tabac. Sa gorge, la fumée. Ses poumons, le goudron. Une crasse noirâtre autour de ses organes. Du plastique, faisant office de bras. Des ecchymoses, sur le corps. L’Homme du début du vingt-et-unième siècle. Il ne lui reste plus rien de naturel. Si ce n’est ses pulsions, ses désirs les plus sombres, ses vices. Et cette ville, prête à l’implosion, le doigt survolant le bouton nucléaire, n’en est que le reflet sordide.

« J’ai besoin d’information. Sur ce qui se trame dans cette ville. Les conneries de Drei ont rendu les choses encore plus instable. Quelque chose se trame dans le Sud. Et nous avons besoin de savoir de quoi il s’agit. »

Connais-toi toi-même. Et connais surtout tes ennemis. Ils sont partout. Dans l’Ouest. Le Nord. Le Sud. Et même dans les ruelles du quartier Est. Des généraux qui ne veulent que la guerre. Car la guerre, amène le pouvoir, et l’argent. Et d’autres, qui ne peuvent supporter de le voir au côté de Yumi. Un gaijin dépravé. Semeur de trouble. Comme si cette ville n’était pas déjà pourrie. Comme si elle avait besoin d’être corrompue. Alors que c’est elle, qui noircit les âmes. Vaska. Dans quelle galère tu t’es fourré ? Pourquoi être là ? Ceci ne te ressemble pas. Tu laisses tomber le mégot de ta cigarette. Et l’une de tes semelles l’écrase, contre le carrelage. Tes cheveux, plus court, ne bouffent plus ton regard. Il y a ces deux icebergs au milieu de ton visage fatigué, flétri, fané. Et tu sais très bien comment tout ça va finir. Pourtant, tu restes là. Tu restes là. Comme tant d’autres imbéciles. Juste, mal. Finir mal.

« Tu as entendu quelque chose concernant un quelconque groupuscule installé dans le sud ? »

Car il ne peut y avoir qu’une entité, derrière cela. Potentiellement multiple. Un entité, qui se jettera dans la bataille. Si ce n’est pas déjà fait. Des voitures explosent. Les assassinats se multiplient. Mayaku, ville fondée sur une poudrière. Et Vaska renifle. Encore quelques poussières blanches, présentent dans les narines. Il n’aime pas cet odeur. Mais apprécie, ce soir, la compagnie des morts.

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Lun 5 Aoû - 16:12
Déviance.

La croit-il ? Souvent, lorsqu'elle énonce les fait, qu'elle boxe, se batte, lorsqu'elle l'explique à un mec, il se fend la gueule. Ce n'est pas un sport de femme qu'on lui rétorque. On lui dit qu'elle est trop jolie pour donner des coups, trop mignonne pour mériter de se faire tabasser, défigurer. Qu'elle devrait être mannequin, ou pute, qu'elle devrait utiliser ses cuisses plutôt que ses poings. On lui confie qu'elle serait plus féminine en robe, et puis on conclut même qu'elle ne devait pas vraiment être une femme, au fond, si elle aime à ce point se battre, et qu'elle ne doit pas aimer les hommes non plus. La question qui survient ensuite porte sur sa sexualité. Toujours. Est-elle du genre dominant ? À moins qu'elle ne porte son dévolu sur la gente du même sexe ? Les deux ? Parfois, d'imaginer toutes ces alternatives, ça les fait sourire, ces gars qui ne conçoivent pas qu'elle puisse avoir son libre arbitre. Ils la regardent, comme s'ils attendaient qu'elle essaie avec eux, comme s'ils le souhaitaient. Les japonais ne sont pas habitués à faire face à la moindre résistance. On enseigne aux filles à opiner et à se taire, à se soumettre et à encaisser. Plus tard, elles ne deviennent rien de plus que des objets, des poupées vides, sans opinion, sans personnalité, sans âme. Des robots soumis, automatisés par une éducation cruelle et patriarcale. Alors de savoir qu'elle est différente, de songer qu'elle puisse être différente, ça les excite. Parfois, elle a envie de leur retourner son poing dans la figure. Dans les côtés. Dans les boules. Histoire de leur remettre les idées en place. Histoire de leur prouver qu'elle est plus que ce qu'ils imaginent, qu'elle mérite le respect, la considération. Ca la picote, comme des milliers d'aiguilles qui viennent titiller sa chair, éveiller sa paume. Mais on lui apprend aussi à garder son sang froid, alors elle ne réagit pas, se contente de quelques insultes mentales, plus rarement verbales, et elle se tire.
Mais lui, qu'en est-il ? A-t-elle vraiment envie de savoir ?

La réponse est toute trouvée. Non, elle s'en fou. Dire que la Souris n'a rien à prouver serait erroné, elle n'est pas en position de se montrer si capricieuse, pas dans ce quartier. Mais le russe n'a pas réagit, pas même tiqué. Il est étranger, elle suppose sans mal qu'il se passe bien des préjugés qui, tout autour, sont prononcés, qui résonnent et trouvent écho jusqu'à former un brouhaha ambiant, bruyant et étouffant qui jamais ne se dilue. Phymeris le croit au dessus de ça, peut-être parce que tout comme elle, il doit être l'objet de bon nombre d'idées reçues toutes plus farfelues les unes que les autres. Alors elle ne le remet pas en question, pas plus qu'elle ne cherche à lui démontrer la véracité de ses propos. Après tout, s'il voulait la tester, il n'aurait pas enchaîne.

La Souris opine. Ses désirs sont des ordres, littéralement, alors elle s'exécutera. Mais le Sud n'est pas la seule menace, elle le sait, et il le sait aussi. Drei' manigance quelque chose, il le lui a dit. Un mensonge, des larmes, une bière.« Phym’, la Mairie c’est qu’un début. » Et puis un diplodocus sur la joue, et la drogue. Dans quoi s'est-elle impliquée ? A fraterniser avec tout le monde, ça ne peut que dégénérer, tout n'est qu'une question de temps. Les secondes s'égrènent, tic tac dans le sablier. Ca va péter.
Elle reste droite, la tête haute, impassible. Fini les sourires, fini l'humour, le sérieux a pris le pas sur la fraternité, pour la fraternité. Etrange.

- Dans le sud ? Oui. Les gens parlent, dans le deuil, ils se confient. "Vox" revient plusieurs fois. Mais difficile de soutirer quoi que ce soit de concret, c'est un immense puzzle, et j'emboîte des pièces faites de rumeurs, de sous entendus et de non-dits. Ils sont là, au moindre massacre, à la moindre catastrophe, comme des charognards. Hisho médiatise, eux viennent en aide. Il suffit de regarder la télévision. Rien est dit, mais ils sont là. Il suffit d'en repérer un, ou deux, et après tu constates qu'ils sont toujours présents. Parfois je me demande s'ils sont pas de mèche tous les deux, mais il doit y avoir quelque chose de plus profond. Aucune idée de qui mène la danse, certains visages reviennent souvent, reste à déterminer s'il s'agit de porte parole, ou de leaders, ce qu'ils veulent également.

A-t-elle bien répondu ? C'est comme de passer un oral, il reste à déterminer la note. Phymeris n'a jamais trop aimé l'école, elle dessinait la majeure partie du temps, et ses profs n'appréciaient pas. Mais aujourd'hui, son examen elle aimerait le réussir. Avancer, gravir. La Souris reste la Souris, mais une souris qui grignote les restes dissimulée dans une cave, et une Souris sise sur l'épaule du chat, ce n'est pas la même chose. Mais sont-il prêts à partager leurs croquettes avec elle ?

- Je ferai davantage de recherches.

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Mar 20 Aoû - 10:03
Chien sur l'épaule

La compagnie des morts. Une compagnie, figée dans le temps. Et qui n’évoluera plus. Plus aucune modification, plus de trouble, ni de changement. Car l’évolution, n’est pas nécessairement une progression. Ce n’est qu’une perturbation. Une métamorphose. Et qu’il n’est pas certain, que le papillon, déployant ses ailes, ne regrette pas le temps où il n’était que larve. L’amertume de la chenille. Un rampant, de ceux qui grignotent la chair, qui repose sous terre. Dans la chaleur de l’humus. Grandissant dans la décomposition. Plutôt que le vent, capricieux, cinglant. Les yeux froids du russe, parcourent les caissons frigorifiés. Combien dorment ici ? Dans un semblant d’hiver, en attendant le bois, en attendant la boue. Et combien dormiront encore ici ? Vox. Il y avait déjà Hisho. The Dawn. Et les Yakuzas. Un quatrième cavalier, pour une fin du monde programmée.  Cette inéluctable fin, et cette décadence. Est-ce donc le seul plan de cette existence ? Quelque part, dans un recoin de son coeur congelé, le manque des vieux immeubles soviétiques. Et la vente de Spice, dans les ruelles. Une nostalgie lancinante. Il ne sait pas, si elle a toujours été là. Il ne sait pas, si les circonstances actuelles, lui ont donné naissance. Il ne sait pas. Il ne sait rien.

« Donc, il y a bien du mouvement au Sud. Il va falloir en savoir plus. Je compte sur toi. Mais fais attention à ton cul. Je veux pas que tu te retrouves parmi eux. »

Sans doute, peut-être, car il a toujours été le spectateur de sa propre vie. La considérant inutile, sans importance. Pourquoi enchaîner les causes, en sachant qu’il n’y aura aucune conséquences ? La drogue, comme un échappatoire. Se faire sauter la cervelle, pour quelques heures, pour se fondre dans l’absurdité même de la vie. Il y avait le suicide. Mais il s’était toujours défilé, avant que la mort ne vienne le cueillir. Comme il pouvait cueillir quelques framboises, quelques fraises, dans la maison de campagne de ses parents. Près de la rivière. Avant que le noyau familial ne se disloque. Explosion nucléaire. La trace des ongles de la mère, sur le visage du père. Peut-être est-il trop lâche. Peut-être est-il trop habitué à vivre. Peut-être. Peut-être. Est-ce la présence des morts, qui inspire ces réflexions ? Le plastique de son bras gît quelque part dans cette morgue. Il pourrait tout autant l’enfermer dans un de ces caissons. Il ne peut avoir peur de la mort. Certains morceaux de lui le sont déjà. Depuis longtemps. Et sur son autre bras, ce tatouage. Ce chien, inspiré d’une spiritualité qui n’est pas la sienne. L’encre de Phymeris, à toujours dans son bras. Et il ne se souvient que d’une chose. Que ce chien. N’est pas un chien. Il est symbole. De protection.

Yumi. Morgan. L’autre pétasse rosse à la tête de Hisho. Et ces abrutis de chez Vox. Ils ne connaissent rien de la guerre. Et peut-être rien de la mort. Peut-être. Peut-être. Et tout ces couillons, qui errent encore dans les rues. Comme des fantômes, d’une existence passée. Le stigmate, d’une ville paradisiaque, aujourd’hui engloutie par les eaux. De la folie. Du pouvoir. De l’argent. De l’honneur, et de la fierté. Des tsunamis de sang à l’horizon. Finalement, il n’en a rien à foutre. De tout, de rien. Il n’en a jamais rien eu à foutre. Il se contentait, toujours, d’être. Se préoccupait de se supprimer. Pour quelques heures, pour se reposer. Dormir, un peu. Avant de revenir à la vie. Comme Lazare. Sortir de son cercueil. Comme Dracula. Traverser les années, sur un bateau, dans la nuit. Comme on peut remonter la Tamise. Ou la Volga.

« Phy’, j’en ai rien à foutre des yakuzas. Ce que je veux, c’est éviter que tout le monde s’entretue. Cette ville est au bord de l’implosion, et ça va dégénérer. Cette odeur. Je la connais que trop bien. »

Sa main se pose alors, sur le bras mort. Qu’il soulève, pour le balancer aux pieds de Phymeris. Le bruit résonne, entre les corps, dans le froid. Suffisamment pour en réveiller quelques-uns. Des coeurs, qui recommencent à battre. Un sang, qui s’écoule, dans les artères. Des esprits qui s’agitent. Un sourire transperce ses lèvres. Sans briller de la moindre gaieté. Sans transpirer la moindre émotion. Ce n’est qu’un sourire. Une contraction des muscles. Une élongation labiale.

« Je ne vais pas te demander pourquoi tu es parmi nous. Tu as tes raisons, et elles ne m’intéressent pas. Seulement. Est-ce que je peux compter sur toi, pour éviter le pire ? »

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Dim 1 Sep - 22:09

Minou minou

« Règle numéro 1 : Toujours se protéger. »
Toujours garder le poing à hauteur du visage. Le menton rentré, les coudes serrés. Sautiller, bouger, respirer, toujours en mouvement. Perpétuellement, maintenir sa garde, esquiver, se protéger, puis, lorsque le moment est opportun, attaquer. Saisir sa chance dès lors qu'elle s'offre à vous, frapper, enchaîner, se protéger, reculer, respirer, recommencer.
Lorsque la Souris s'est décidée à faire de la boxe, du moins lorsqu’elle s’est décidée à se pointer à la salle pour signer au bas d’une feuille la promesse d’une assiduité sportive, elle avait tout juste seize ans. Après ça, à peine suffisamment d'économies pour s'acheter un sandwich et rien dans les poches sinon une colère viscérale, palpable, le besoin de cogner pour se défouler. Elle s'est pointée en pensant pouvoir évacuer toute la rancune qu'elle avait accumulée, hurler tout ce qu'elle avait jusqu'alors tut, elle voulait frapper, encore, et encore, et encore, pour se vider la tête, pour se vider le coeur. Il y avait la frustration d’années de mutismes déchirants, la rage de rêves piétinés, d’idéaux bafoués. Il y avait la solitude qu’elle voulait cogner, comme une ombre vivace, une silhouette impalpable qui la narguait, qui la menaçait, des ténèbres sous le lit, au dessus du moindre visage, du moindre sourire. Le soupçon de douloureuses trahisons, réminiscences de fourberies passées ou appréhension de félonies futures. Il y avait ses peurs, ses doutes et ses cauchemars, qu’elle voulait bastonner sans réfléchir, qu’elle souhaitait anéantir, à force de coups de poing, à force de coups de pied. Mais taper dans le tas, frapper dans le sac, ce n’était finalement qu’un moyen de se décharger de toutes ces émotions, ça n’avait rien de concret, rien de palpable. Ca ne changeait rien au passé et ne la préparait en rien à l’avenir.
Elle n’était qu’une gamine, stupide et irréfléchie, qui pensait que se défouler la ferait oublier. Que de s’épuiser la purifierai. Comme si, à se vider de son sang, elle pourrait se décharger de toutes ses impuretés, de toutes ses douleurs, de toute ses peines. Repartir d’un pas sûr, sans crainte de sombrer dans l’abîme. Ce n’était qu’un moyen de garder le regard tourné vers l’horizon, sans surveiller là où elle mettait les pieds, le meilleur moyen de trébucher.

Mais la boxe, ce n’est pas cogner pour cogner, pas uniquement. C’est la rigueur et la douleur, l’ambition et le courage, tout autant la force que la mesure. C’est apprendre à se défendre sans pour autant se laisser dominer, c’est apprendre à reculer pour porter un coup. Elle avait fait erreur, car ses motivations, en se mettant à cet art, ne coïncidaient pas avec ses valeurs, mais elle s'était adaptée, et finalement ça l'avait davantage aidé que de hurler dans le vide, que de tabasser pour évacuer. Et elle avait appris, non pas à se purifier, mais à se protéger.

Lorsque le russe lui demande de faire attention à son cul, la fille aux cheveux roses esquisse un sourire, discret mais amusé, car à ses oreilles, ces propos sonnent familiers, si familiers qu’ils en sont presque inutiles. Voilà bientôt sept ans que la tatoueuse fait attention à son cul, de le lui rappeler est aussi pertinent que de lui conseiller un bonnet pour sortir sous la neige. Elle imagine son père avoir le même discours, bienveillant, ça sonne bizarrement avec cette voix, dans cette bouche. Son père il est parti, et Vaska n’a pas grand chose du bon gars bien aimable. Loin de là.

Mais voilà, la situation est plus grave que ce qu’il n’y paraît, et son sourire n’a rien à foutre là. Ca parle de guerre, ça parle d’explosion, ça sous entend feu, ça sous entend sang. La tatoueuse n’a toujours vu que l'hémoglobine qui gicle d’une arcade explosée, d’un nez écrabouillé, les perles carmines qui percent sous son aiguille, où le flot qui gicle de sa main alors qu’elle se coupe en voulant émincer un oignon. Elle n’a jamais vu de mort, enfin si mais c’était un chat, sur la route, que personne n’avait daigné éloigner du macadam. Des stèles éphémères qui lui roulaient dessus, et bientôt il ne resta plus qu’un amas indistinct de poil, de chair et de sang.
Elle a vu des morts à la télé, elle a vu Drei’, cet putain d’abruti qui s’est fait passé pour trépassé, et elle y a cru. mais même en étant membre chez les Yakuzas, elle a pu passer à côté de ce genre d’atrocités. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle fréquente toujours les bonnes personnes. Peut-être simplement la Souris a-t-elle une bonne étoile.

Elle ne peut pas s’empêcher de baisser les yeux sur ce bras qui roule. Du plastique, rien de plus, sa stèle à lui qui rend hommage au fantôme d’un membre éteint. Elle ne lui a jamais demandé comment est-ce que c’est arrivé. La Souris est curieuse, mais la Souris ne veut pas être indiscrète. Pas avec les plus hauts de son monde.
Ca lui fait tout drôle, de le voir là, détaché et gisant au sol. Elle sait qu’il est faux, mais dans la pénombre, elle le confond presque avec un véritable bras. Et il reste le moignon de l’étranger, pas même exhibé parce que caché sous un tissu. Il reste le vide simplement, et ça illustre correctement ses propos. Il sait de quoi il parle, il sait ce qu’elle pourrait y perdre. Et jamais elle ne pourrait vivre ainsi.
Elle relève les yeux sur lui. Le bleu rencontre le bleu, le bleu gris face au bleu cerné, fatigué. Et sa réponse va de soi.

- Bien sûr.

Phymeris a choisi son camp, il y a déjà un moment. Elle ne compte pas s’en retourner, elle a ses raisons, et puis elle a toujours été une dame de parole.
Elle se baisse alors, ses phalanges s’attardent sur le poignet inerte qui tend vers ses pompes quelques doigts blafards. Elle ramasse la prothèse. Un mort parmi tant d’autres, durant un instant, c’est ainsi qu’elle voit le Rouge. Un cadavre mobile, ambulant, parfois encore mut de quelques voeux ineffables, mais un cadavre, quand même.
Elle tend le bras, lui tend son bras. Elle a le poil hérissé, le froid commence à la saisir, elle se sent vivante. La seule dans cette morgue, qui puisse voir son coeur palpiter, qui soit encore motivée d’un tant soi peu de joie de vivre. C’est la sensation qu’elle a, à cet instant, d’être en vie, d’être utile. Seule sans être seule, car elle a la sensation d’agir pour une cause, enfin. Ca lui donne envie de s’envoler. Et ainsi, à serrer la main d’un homme qui ne la sent plus, à attendre qu’il la récupère pour l'emboîter, elle enchérit.

Mais alors toi, dis m’en plus. Je doute que tu m’aies donné rendez vous ici pour le plaisir de parler aux morts. Il se trame un truc, chez nous, et certains ne sont pas dignes de confiance. S’est-il passé quelque chose qui justifie tant de précautions ? Hormis le mépris ouvert de certains Yakuzas j’entends ?

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