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 Syringe ft. Marshall

| Mer 10 Juil - 13:27

Yumi Shinogaï


briser un miroir

Plus qu’autre chose, elle voit la vie de manière monochrome. Et ça tourne, tourne et avec elle, l’élan d’une vie. Des objets qui semblent rire à son nez, un quotidien qui ne lui va plus. Encore une fois, elle a l’impression de tomber. Elle s’écroule sur de la matière organique, s’esclaffe avant de se mettre à pleurer. Hurler, crier, soupirer, hoqueter. Et c’est avec le tournis qu’elle se relève, s’essuie les lèvres par prévention d’une gerbe trop habituel. Elle parcourt les quelques mètres de son salon qui lui semble être des kilomètres. Atterrit sur les chiottes et recommence. Monochrome, rire, pleure, hurler, crier, soupirer, hoqueter puis murmurer. Parce qu’après tout ça, y’a la folie qui broie ses entrailles. Elle voit rouge, elle voit noir. Finalement, c’est blanc et elle se redresse, l’air de rien. Faire face à son miroir, faire face à son ignominie, faire face à son passé parce qu’elle ne voit que ça dans son reflet. Elle, elle et rien qu’elle. Le présent et rien que le passé. Blanc lui rit au nez, elle serre le poing, se frustre, s’offusque et de manière agressive, éclate son reflet. Des dizaines d’yeux, des dizaines d’elle, qui tombe et se regroupe au milieu du lavabo. Elle a l’air inerte pendant quelques secondes mais le sang qui coule sur le carrelage lui rappelle amèrement qu’elle est encore en vie. Le coeur lourd, sans la moindre dose de consolation, elle continue de se fixer, au bout de verre qui pendent, qui tiennent bon. Ce n’est pas elle, c’est un monstre. Un monstre de folie, un monstre de fierté. La peur écrase maintenant tout le reste donc elle recule, prend sa tête, s’étale du sang sur les joues, s’étale un peu plus dans un coin de la pièce. Entre les chiottes et la minable douche ; on l’entends pleurer, chantonner. Les paroles d’un père et d’une mère qui nous ont reniés. « Rien qu’un a su se rattraper, l’autre est morte avant. Mais oui, je l’ai tué, je dois me rattraper. » Ah- . . . Elle ne s’en rend pas encore compte, mais le nom Shinobu Gaï est lourd de conséquence et briser un miroir n’a fait qu’alourdir le fardeau d’une malédiction familiale.

Il y a la teuf à côté de se mur. Deux mondes nous sépares et c’est peu de le dire. Plusieurs minutes se sont écoulés avant que je ne puisse respirer. Ma vue est revenu et le sang a séché. Des sensations de tiraillement car à force de rester prostrée là, mon corps s’est endormit. J’ai mal au ventre, mal au crâne, mal à tout mon être. Pourtant, je me relève et approche du lavabo. Un plan rapproché de verres contaminés. Mon sang séché. Peu importe ; l’eau coule et humidifie le tout. Reprendre le dessus n’est pas facile. Penché au dessus de la porcelaine, attiré par l’eau, par la noyade, par la fraîcheur et la chaleur qu’elle apporte. Enfin réveillé, revenu à moi, là. J’observe mes phalanges, de la chaire éclatée, de la peau qui pend ; exaspérée.

Ouais, c’est avec cette gueule du mort que je sors de là. Tantôt, les vibrations étaient encore minime dans cette petite pièce où il fait mauvais vivre. Là, elles me transcendent. Je me bat pour ne pas retomber, pour ne pas recommencer, pour pas mettre replay. Ma lèvre inférieur en proie à mes dents, mon front se plisse, mes yeux s’ouvrent grand. Monochrome de rouge, de vert, de bleu, violet, rouge, vert, . . . Ça va trop vite, je vais gerber. Et c’est ça de faire un bad. Quand tout allait finalement bien et que d’un coup, tout nous échappes de nouveau. J’exhale, me sens faiblir mais pousse pour avancer. Je croise sur le canapé Vasiliy en train de se la donner, avec quelques gaijin fraîchement arrivé. Je vois à l’entrée Ushida, toujours droit, toujours là. Il m’écœure de par ça rigidité et de par son audace à s’pointer. Il a l’air occupé, dégoûté mais prêt à jouer, verre en main. Je le pousse pour passer et arrive enfin au clair de la lune.

C’est vrai, je me rappelle enfin pourquoi cette fête avait lieu. C’est-à-dire qu’il y a encore quelques heures, j’étais déjà haut perché. Oublier ses objectifs est d’une banalité pour moi. J’préfère les larges tables décorés de nos verres, nos drogues, nos vies. La clope me pend au lèvres et la fraîcheur estivale fait trembler ma main. Uchida s’est rapproché, m’a regardé, a soupiré. Une habitude pour lui de voir la fille de son grand maître Reiji, se faire du mal. Ses sermons je ne les entends plus car il finit toujours par parler de la même chose. Entre mes dents, la tige de nicotine, de goudron, et mon majeur de l’autre main, tendu vers lui. Je m’extirpe de ses soins, un mouchoir en coton qu’il a enroulé à mes doigts, sa froideur. . . Et j’avance. J’avais plus rien à foutre là et me voir partir ne le dérangeait pas plus que ça. Peut-être que cela l’arrangeait, ah, j’en sais trop rien et je m’en fous parce que c’est vrai, j’ai autre chose à faire.
Comme ralentis par le vent, j’avance en 0,25. Je considère m’être égaré quelques minutes, ne plus être sur le droit chemin, ne pas y avoir prêté attention. Je soupire, lentement, continue mon sms. Clope sur clope, ayant du mal à aligner trois mots. Je rigole, appuie sur envoyer et remballe la machine. Encore une nouvelle clope et c’est parti.




Une heure a dû s’écouler depuis le début de ma promenade de santé. Il fallait marcher pour se calmer et récupérer rien qu’un peu de dignité. J’arrive enfin au Nord, enfin au Pub, enfin ici. Mon premier réflexe est de m’éclaircir la voix, de me rhabiller et de commencer à sourire. Un peu psychopathe, un peu déséquilibré, un peu l’poil dans la soupe. Putain, ici aussi ça s’amuse. J’ouvre la porte et observe de mon grand sourire les pichets d’bières se vider. Ils en ont rien a foutre de ma présence mais c’est beaucoup trop drôle de se voir comme une menace. Alors j’avance, le menton levé, fière de moi, fière de tout ça. Et je me heurte à ce mec là, bien trop grand. Je croyais avoir prévenu le Marshall, j’arrive. Je le dévisage; bataille du regard. Je l’écraserai bien du haut de mon mètre soixante dix. Mais j’ai pas le temps, alors je le pousse, gentiment, méchamment, quelquement et passe en force. L’escalier est si étroit et les insultes à mon dos font entonnoir.
Une fois à l’étage, c’est encore du putain de monochrome. C’est plus froid, plus bleu, plus eux. Ça m’explose la rétine, l’assèche plus qu’elle ne l’est déjà et m’fait grogner. Comme la bête en terre hostile, j’avance lentement. Les orgies avaient été intense ce soir mais plus personne n’étaient là. Ça sent encore le cul, la baise et l’humidité. Un rire, quelque peu forcé quand une seringue roule à mon pied. Là, au fond, coincé entre plusieurs coussins, le grand Marshall. Il venait de se piquer, de s’ouvrir encore à mon monde. Je rigole un peu plus, jaune, et m’approche alors de lui comme toute excité. Là, au dessus de lui, je me penche, et lui sourit encore un peu plus.

_ 見つけた  . . . / Mitsuketa, je t’ai trouvé.

Tu n’est pas prêt d’oublier cette nuit parce que j’ai des projets. La mort de mon reflet, la présence de mon malheur, rien ne m’arrêtera à tout briser.



Ͽ Dark

Hime '