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 Storm & Whisky | Feat @Morgan ♥

| Sam 8 Juin - 11:32

Molly M. Sloane

Storm & Whisky | 1

Pétale de cerisier. Sur un lit de whisky. Flottant à la surface, comme une barque au milieu d’un lac suisse. Entre les montagnes, en verre. La profondeur des arômes, les saveurs des abysses. Balancement, flux, et reflux. Quelques ondulations. Mes lèvres plongent, pour une petite baignade. Les eaux d’un étang, sur ma langue. Et dans le fond de ma gorge. Une main dans le rose de mes cheveux. Ceux qui captent la lumière, du soleil. Et la garde prisonnière. Pour nourrir l’éclat de mes yeux. Le bourbon se mêle à la salive. Et au sang. Qui coule sous une peau blanche. La bouteille, encore là. Attendant son prochain rendez-vous. Le prochain verre. Les prochaines lèvres. Le prochain corps à conquérir, de l’intérieur. Le sourire de la chouette. La tour de Hisho comme perchoir, surplombant la ville. Et une vallée entre mes mains, que je dépose sur mon bureau. Je n’ai pas compté les verres de whisky, depuis ce matin. Qu’importe, c’est sans doute, toujours, le premier, ou le dernier, de la journée. Dans les histoires que j’invente. Pour cette ville. Le cerveau, la mémoire et le pensée, de ses habitants.

Entre deux bâtiments, l’absence de la mairie. Réduite en cendre par quelques flammes. Des projets de restauration, en route. Ce qu’il faut, c’est une reconstruction. Balayer, sans doute, les murs et les morceaux de charpente restante. Niveler le terrain. Pour bâtir quelque chose de nouveau. Rompre avec le passé. Les fantômes du pouvoir des maires d’antan. L’omnipotence de Zhen Endô. Comme cette vielle cathédrale, à l’autre bout du monde, en France. Finir le travail de l’incendie. Poser de nouvelles fondations. De nouvelles pierres. En finir avec ce qui fût, pour se tourner vers ce qui sera. Et le faire rapidement. Avant que le temps ne nous prenne de cours. Et que le vent ne nous soit plus profitable. Je m’assois, derrière mon bureau. Mes jambes se croisent, et ma jupe se relève sur mes cuisses. Les rétines glissent sur les pixels de l’écran. Quelques nouveaux documents, falsifiés. Prêt à être diffusé sur internet. Pour distiller le doute, ou renforcer des convictions bidons. Cette mairie. L’ancienne mairesse. Tout ceci n’est, véritablement, qu’une question de temps. Une nouvelle gorgée, de ce whisky. Dont les japonais ont volé la recette, pour l’améliorer ensuite. Ajouter une sensibilité que l’on ne trouve qu’ici. Une subtilité, une douceur. Pas de flamme dans l’œsophage. Seulement mon regard qui se relève, quand la porte s’ouvre. Et se referme derrière lui.

Morgan Marshall. L’origine des flammes. Celui qui nie. Le mannequin décadent. L’avocat ignorant les lois, et se plaisant à les enfreindre. Le protestant devenu pape nihiliste. Le modèle de certains, l’antéchrist des autres. Du blond et du rose dans les cheveux. Des histoires de drogues. Et des récits d’autres de dépravation. Il est celui qui nie, le monde et ses valeurs. Quand je ne fais que le modeler, comme une terre glaise, à mon image, et selon ma volonté. Je me lève. Mes longs cheveux tombant sur mes épaules. Et cachant des clavicules, que les premiers boutons de mon chemisier aimerait faire voir, en demeurant ouvert. Le bruit de mes talons, quand je m’avance vers lui. Et lui tend la main. Un sourire sur le visage.

« Merci d’être venu, Morgan. »

Mon regard glisse, un instant, sur les cernes qui contournent ses yeux. Le teint fade et livide de son visage. Quelque chose de cadavérique. L’aspect d’un de ces drogués, en manque. Un fantôme, dont les muscles ne se contractent, et ne se mettent en mouvement, que par des réflexes primaires. Je lui indique un siège, sur lequel il peut prendre place. Un verre devant lui, que je remplis de ce whisky qui n’attendait que lui. Le liquide se déverse. Lentement. Avant que le bouchon ne vienne obstruer le goulot. Et que je reprenne sa place, face à lui.

« Votre mouvement, The Dawn, jouit d’une certaine popularité. Une forme de débauche découle de votre philosophie, ce qui, selon moi, ne fait que la rendre plus séduisante encore. Mais elle n’est pas au goût de tout le monde. Sans compter que beaucoup ne pourront jamais vous considérer que comme un gaijin ici… Cependant, votre incendie a changé bien des choses. Plus que jamais, Mayaku vit une période trouble. Et, la mairie en cendre, il y a un vide qui doit être combler. Et qui sera combler, la nature ayant horreur du vide. C’est pour cela que nous allons lui venir en aide, vous et moi. Afin de nous assurer que les changements prochains nous soient profitables. »

Il y a la nouvelle menace du Sud. Et la folie grandissante, dans les ruelles du quartier Est. L’incendie fut un tremblement de terre. Et, au large, un tsunami avancé vers les côtes. Capable de tout balayer sur son passage. Il a semé des graines de vent. Et les rayons des projecteurs médiatiques ont permis la germination. Il n’y avait plus qu’à récolter la tempête, assez intelligemment pour profiter des vents et des rafales. Et faire tomber d’autres têtes. Car si ces heures sont troubles, les prochaines seront sombres. Mais il y aura l’éclat, rose, de mes yeux. De mes cheveux. De mes lèvres. Comme un phare dans la nuit. Une luciole fuchsia, une couronne brillante, dans la nuit.
| Sam 15 Juin - 20:06

Morgan Marshall

That signifying nothing.
That signifying nothing.
That signifying nothing.



Mon bras gauche contre le torse. L’autre avait l’avant-bras replié contre mon bras et ma main laissée pendante. Mon regard vide aux yeux d’une rossignol charmante à laquelle je ne manquais pas de sourire. La discussion ne faisait que traînasser pour me laisser réfléchir et glousser. Elle m’avait demandé pourquoi la feuille de Ginko, et des conséquences que lancer ma marque pourrait engendrer. Alors, moi, ça m’intéressait. Le revers de ma main efféminée à mes narines ; je reniflais davantage. Et puis il y avait le regard de la rossignol, sa poitrine et les formes de son corps qui maintenait mon sourire. Encore des gloussements, encore des paroles profondes, encore cette envie d’affirmer The Dawn à en détruire tout et n’importe quoi. Des histoires pour de grandes choses. Des rails pour peu de mots, une éloquence charismatique et mesurée. J’n’en sais rien. Au fond tout c’que j’veux, c’est qu’çah s’lance. Your guess is as good as mine. La belle histoire, c’est qu’aujourd’hui tout était perdu pour le Nord, la Mairie et moi-même. Que le seul moyen de se retrouver, c’était de m’écouter. Je ne pouvais pas m’empêcher de m’imaginer que le Nord s’arrêtait d’tourner parc’que The Dawn n’avait pas commencé son endoctrinement. Puis on s’regarde à nouveau, elle et moi, en ayant foutrement rien à s’dire. Alors mon nez dégagé, j’lâche un soupire. Elle est pas mal, cette nana, meerde, si simplement elle pouvait m’apporter des réponses.
Mon attention la quitte soudainement, la coupant dans ces jolies phrases. Visiblement, à part m’ennuyer, à part me rappeler à quel point Hisho avait une mentalité tordue et dégoûtante, ces échanges ne m’aideraient pas. De cette façon, je quittais le mur sur lequel j’étais resté accolé en prenant la direction des escaliers. Ma démarche était digne d’un pantin. Monter les escaliers en était éprouvant. Aucune idée de l’étage où son bureau pouvait être. Aucun intérêt pour les regards ronds des membres d’Hisho à mon passage devant eux. Tous. Tous s’étonnaient de me voir, de mon vivant, peiner à atteindre un énième étage à la recherche de celles qu’ils craignaient. C’était incroyable à voir, ces personnes prêtes à tromper la réalité pour la leur ou plutôt celles de ces trois gurls. La rossignol m’avait suivi à pas de loup jusqu’à ce que sa main s’appose à mon épaule et m’en fasse sursauter. Un battement de coeur qui s’rate. Mon visage tourné vers elle et les lèvres entr’ouvertes. Quoah? Encore elle? Le visage froncé, elle sait pertinemment où je comptais me rendre et pris les devant pour me montrer le chemin. Elle m’arrêta à la porte, me sourit devant mon air fané et me quitta aussi subtilement qu’elle m’avait retrouvé, la rossignol. La porte ouverte. La porte ouverte, et le temps passait, le temps que je comprenne réellement où je me trouvais.
Molly s’était déjà levée. Les talons claquant le parquet. Oh ouais, Hisho, le conseil d’administration. Mes épaules qui se détournent et mon regard pour le vide à mes pieds percutent celui de Sloane. J’en bascule la tête vers une de mes épaules. Me remercier de venir, c’était la plus belle connerie que j’n’avais jamais encore entendu. Dommage qu’elle se prenne autant au sérieux. Quelle journée. Elle s’approche, me tend la main avec un sourire. Je reste uniquement à la regarder sans le moindre geste. Mon corps était douloureux, il réclamait du sommeil et inévitablement du sexe. Cette meuf, le décolleté ouvert, le rose. Mes lèvres se prennent en faute pour davantage s’entr’ouvrir. Elle s’était souvenu de mon prénom et l’avait balancé naturellement, ça m’avait marqué. D’un geste elle m’invita à m’asseoir - The Dawn, l’endoctrination, la fin de Zhen Endô - sueur, tremblement, lassitude. Par deux, trois pas, je prends place au creux dudit fauteuil où mes jambes passent par-dessus l’accoudoir.T’sais, quand j’suis arrivé au Japon, ça a été dur pour moah. J’veux dire, la mentalité est bien différente entre l’Angleterre et ici. Il mah fallu du temps pour m’adapter, et Mayaku est un village tellement différent, tellement à part de ceux qu’le Japon possède, tellement attractive. J’ai réalisé très tôt que pour s’en sortir ici, ouais, ’fallait se comprendre soi-même et dépasser s’propres limites. Aeh, t’n’as absolument aucune idée d’là d’où j’viens. Ni d’ces mayakoïtes qu’ont préféré mettre fin à leur vie que d’voir Mayaku continuer d’s’assombrir encore, encore, et encore. Ca m’a marqué. J’me suis toujours dit qu’la vision qu’on eu l’politiciens, l’maires - ouais, j’ai fais des études de droits - c’était chié d'avance pour nous, qu’on avait d’toute façon aucun avenir avec eux. J’me suis rapprochée d’Yumi Shinogaï pah’c’qu’elle vie sa vie différemment. T’voah, on a eu à prendre des risques elle et moi, d’puis l’début. On savait qu’Mayaku avait a être différente de c’qu’on nous imposait. C’est d’ficile à dire, quand on est vu comme un Gaijin. C’que j’sais c’est qu’y’a des Mayakoïtes qu’pensent comme nous, qu’ont les mêmes valeurs qu’nous pour Mayaku. J’veux juste qu’on s’fasse écouter pour une fois. Je n’sais pas, j’pense qu’on a tout à y gagner d’nous faire entendre dans ce pour quoah on s’engage. On a pas à subir la merde qu’on nous impose et qui rend Mayaku complètement fucked. Mon coude était posé contre l’accoudoir où mes omoplates s’étaient déposées pour parfaire une posture féminine. J’attrape de l’autre main le verre. J’n’avais pah pour habitude de boire, et me renversa encore pour le moelleux du fauteuil. Ma nuque en arrière, le menton qui suit avant de caler mon visage livide droit pour le sien - toujours sans expression, l’coeur en feu et l’entrejambe qui m’démange. Le revers de ma main au verre de Whiksey pour enlever ce qui perlait de ma tempe. J’halète, fatigué. C’était gênant pour moi d’ressentir autant d’excitation. D’se sentir plus Marshall, mais Marshmallow. Un putain de Cinnamon roll devant une pute de glace à la fraise. Mes lèvres jouaient avec le rebord du verre. Ça me titillait. Beaucoup. Trop. Ce décolleté entr’ouvert. Je m’enfonçais encore plus pour le fauteuil, ‘vec qu’une phrase pour m’tourner en boucle, l’esprit dans les vappes, assez lucide pour m’penser à vouloir lui dire, laisse-moi t’péter l’cul bébé, ça m’en tirait enfin un sourire. Ça m’arracherait la gueule d’le dire pour vrai. J’vais passer sur toutes les stories des Mayakoïtes, et ils m’aiment bien. Ils m’aiment bien avec mes ch’veux roses. Ils la voudront, ma feuille de Ginko. J’hochais la tête, battu, épuisé. Le Whiskey qui s’écoule à la commissure de mes lèvres pah’c’que j'n'envisageais pas d’quitter les yeux de Molly en avalant l’alcool. Le bout d’mes doigts pour essayer de récupérer les gouttes rebelles.C’moooon. T’saaais très bien pourquoah j’suis v’nu Moolly. Je clignais des yeux. Ma tête dodeline pour se laisser prendre par le vide où je voyais de manière flouée le croisement de ses jambes, sa jupe remontée. J’te jure. Une nana comme elle, j’en avais pah vu d’puis quatre ans. Dreiden. Je repose le cul du verre pour son bureau passe ma main contre mon visage. La laisse. Un temps. Du silence. La narine qui renifle. J’peux pas m’concentrer. C’fatiguant. J’veux dire, j’ai réalisé qu’on a une putain de réputation avec The Dawn depuis qu’la mairie s’est éteinte avec moi. J’vu à quel point mes actes pouvaient faire réagir les Mayakoïtes malgré moi. Et j’compte rien lâcher. J’suis là pah’c’que The Dawn va devenir une marque. J’veux dire, j’ai réfléchi, et j’me suis dit qu’ça serait une connerie de s’arrêter à une simple terminologie anglaise alors que ça r’présente une vraie expérience sociale. J’n’sais pah où ça va m’mener . . . Pour être honnête j’me suis dit qu’t’avais les meilleures réponses par rapport à tout çah. Comment emporter les Mayakoïtes lah-dedans? Comment leur parler? Comment faire croître c’t’expérience de manière intelligente et la rendre populaire au point d’me rendre gourou d’ma philosophie? La chose est qu’aujourd’hui j’me sens perdu devant tout çah. T’comprends Anémone, j’veux. L’Mayakoïtes. À travers leur vie de solitude. De futilité. J’veux. Rendre l’existence inutile. À travers le regard givré de mon esprit embrouillé et mal réveillé. Mon sourire à pleines dents lui étant directement destiné et ça me remplissait d’une euphorie incontrôlable. Certes, j’avais quelquefois besoin d’elle, mais . . . Quelle journée.



drugs
@morden
| Dim 23 Juin - 8:22

Molly M. Sloane

Storm & Whisky | 2

Un corps décharné, dans le fauteuil. Des cheveux roses, un peu fade, coulant, le long de son cou, de ses tempes. Un peu sur son visage. Squelette disloqué, et déposé là. En attendant qu’un lit se libère, à la morgue. Figure décadente. Substance de synthèse s’écoule dans ses artères. Bouscule les globules, blanc et rouge. Les neurones s’embourbent, comme lorsque le malt inonde mon cerveau. L’alcool, et la drogue. Quelques gouttes de whisky qui glisse sur ses lèvres, et sur ses doigts. Loin des morts qui marchent, il est un fantôme qui flâne. Comme tant d’autres junkies. Comme ceux du roman de W.S Burroughs. Des existants s’effaçant, lentement. Si ce n’est que lui refuse de s’effacer. Combien de temps se refus pourra tenir ? Dans quelques années, quelques mois, quelques jours. Il pourrait bien errer dans les rues de cette mégalopole. Trainer des semelles sur le macadam. Sous la lumière crue des réverbères. A la recherche d’une nouvelle boulette. D’un nouveau cristal, d’une nouvelle pilule. A fumer, à inhaler, à avaler, à injecter. Dans ce corps qui se tord. Il n’a de chance que celle de sa beauté insouciante et juvénile. Il n’a de chance que cette jeunesse, qui ne durera pas éternellement. Je souris. En le regardant, en l’écoutant parler. Morgan, les années passent. Et ton addiction reste. Et quelque part, je te sens Icare. Destiné à brûler, briller, en plein vol. Le météore de Tcheliabinsk. Un réacteur d’avion explosant au-dessus du Pacifique. Mais c’est peut-être notre destin à tous, au final.

Cette verve. Je ne suis pas la seule à l’écouter. Il s’écoute également. Il profite des tonalités de sa voix. Du flow des paroles qui glissent sur ses lèvres. Celui des vagues sur les récifs. Celui du whisky, s’écrasant sur le verre, quand je le fais tourner dans ma main. Océan doré. La promesse d’une ivresse à venir. Une de mes mains bascule quelques mèches de cheveux en arrière. Mes lèvres s’étirent en quelques sourires. Comme devant des investissements à court-terme. Et leurs profits. Gourou, et philosophie. Deux mots qui sonnent comme antinomique, mais qu’il accole tout de même. Comme en se foutant de la sémantique. Qui en dit pourtant long. Sur son projet, et sur lui. Rendre l’existence inutile. Cette fois, mon sourire n’est pas vain. Et ce ne sont plus ses mots qui s’opposent, mais nos visions. La déconstruction de cet univers dénué de sens. La construction d’un château de cartes, avec cette absurdité comme fondation. Il a quelque chose de fou, et de malsain, sur le visage. Je n’ai que du rouge à lèvres, et quelques légers artifices de maquillage. Quelques centilitres de whisky coulent à nouveau dans ma gorge. Tombent jusqu’à l’estomac. Remontent jusqu’au cœur, jusqu’au cerveau. Bien.

« La réputation de The Dawn, tout comme la vôtre d’ailleurs, n’a pas été bâti sur les cendres de l’église. Mais bien dans ce bureau dans lequel vous vous écoutez parler en ce moment même, Morgan. C’est ce que les gens pensent, et ce qu’ils peuvent croire, qui donne naissance à la réalité. En nous autre, nous avons fait de l’esprit du mayakoïte moyen notre royaume. Quand un reportage aborde la question de l’insécurité dans cette ville, selon que nous diffusions des images du quartier ouest, ou des images du quartier nord, la conclusion que le spectateur en tirera sera nettement différente. Un peu à la manière de ces journaux européens, qui accompagne leurs pastilles d’informations sur le terrorisme avec des images d’enfants en train d’apprendre l’arabe à l’école. Dans l’inconscient, il y a un amalgame qui germe, et bourgeonne… la réalité, c’est nous. »

Car la réalité n’est qu’une croyance commune partagée. En cela elle se distingue de la vérité. Nous avons cru aux dieux, qui font tomber la foudre, forgent nos armes, apportent les récoltes, accueillent les morts en leurs domaines. Et c’était la réalité. Nous avons cru au géocentrisme, et même si ce n’était pas vrai, c’était réel. Pour des milliers, et des millions, de personnes. L’infériorité et la supériorité des races, cela fut, et demeure encore, pour certains, la réalité. Et la réalité, aujourd’hui, n’est plus criée dans les rues, ni écrite dans les livres. Elle provient de la télévision, de l’écran et de la lumière bleue des smartphones. D’internet. Quelques mots suffisent à modeler un univers commun. Et je me lève de mon fauteuil. Le verre de whisky, à la main, toujours. A nouveau, le bruit des talons. Mes yeux ne quittent pas son visage de cadavre à crack. Ils le regardent de haut. Pendant que je contourne mon bureau. Je comprends. Le magnétisme qui se dégage de sa carcasse. Et hypnotise les gamines, sur les réseaux sociaux. Je comprends. Le charme de la décadence qui en émane. Une beauté Baudelairienne. Quelque chose de poétique. Et de profondément pathétique.  

« Vous voulez emporter les mayakoïtes dans vos frasques nihilistes, soit. Et c’est bien pour cela que je vous ai demandé de venir me voir. Car nous allons devoir collaborer. Nous le faisons déjà, votre marque de vêtements profite, et profitera, d’une certaine médiatisation. Mais nous allons devoir travailler ensemble de manière plus étroite encore. Mais pour cela, il faudra évidemment que nos deux parties sortent gagnantes de ce jeu… Vous avez fait des études de droit. Et votre minois fait, sans nul doute, craquer plus d’une personne dans cette ville. Alors, que diriez-vous de reprendre la place de cette chère mairesse, elle qui vous a contraint à faire bien des choses dans un cadre relativement… intime ? »

Je me suis approché de lui. Au rythme de mes talons. Au rythme du balancement de mes hanches. Tournant autour de son fauteuil. Comme un rapace, surveillant un rongeur. Là, au-sol, presque rampant. Des yeux de chouette. Dans la nuit. Et mes doigts qui courent et glisse le long de son bras, jusqu’à son épaule. Comme pour souligner la sensualité des instants passés sous les tissus de l’ancienne mairesse. Et planter, dans un trou retord de son esprit tordu, quelques idées. Des graines d’une réalité possible. Et désirée.