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Aaron | La Souris -- inassouvissable soif

Jeu 25 Avr - 19:19
- Je crois qu’il y a toujours eu deux types de personnes.

Le mec se stoppe. Ses lèvres closes s’étirent en un sourire malicieux, il se penche en avant, un coude appuyé sur chacune de ses cuisses. Ses pupilles pétées glissent de l’un à l’autre des idiots qui l’écoutent, agrippant chacun des regards frôlé, questionnant, muet, quiconque saurait où il veut en venir. Il fait planer le suspens quelques secondes, des secondes terriblement longues martelées par les basses qui résonnent, frappent et martèlent. Un instant, son attention se porte sur toi, qui reste silencieuse depuis déjà plusieurs minutes, et il reste figé là, comme s’il attendait que tu proposes quelque chose. Tu soutiens son regard, ne réponds rien, t’en a pas grand chose à foutre à vrai dire, mais lui ne le sait pas. Il l'interprète comme une invitation à poursuivre et finit par reprendre la parole.

- Ceux qui foncent, tout droit, sans se retourner, et ceux qui se contentent de regarder.

Il relève le buste, fait face à l’assemblé dont à peine la moitié des membres se montre attentive. La seconde boit, fume, ou encaisse les conséquences de l’une ou de l’autre de ces substances.

- Les premiers réussissent, parce qu’ils ont le culot de faire ce que les observateurs ne font pas ! Ils prennent les choses en main !

Il agrémente sa locution de gestes, de mimiques, il veut donner du poids à ses propos stupides. Plus que d’animer un groupe davantage dominé par l’ivresse que par l’envie de philosopher, il veut convaincre, faire ses preuves. La blondinette, ce minuscule oiseau qui reste blotti dans un gros sweat aux couleurs de l’allemagne et qui ne le quitte pas des yeux, il ne t’a pas fallu longtemps pour comprendre qu’il ne souhaitait que l’impressionner. Certains jouent des coudes, bombent le torse, gonflent les pecs, lui espère fasciner par une science que quelques films lui ont dispensés. A chacun sa stratégie.
Autour de toi, quelques uns opinent du chef. Trop fatigués pour ne serait-ce que remettre en question les conclusions de l'auto proclamé érudit ils préfèrent se montrer d’accord. Un mec, plus sobre que les autres, ou plus réfléchi, ou peut-être les deux, répond pourtant, et tu sens venir un long débat.

La promesse d’une bonne heure à les entendre défendre leur point de vue ne t’enchante pas. Non pas que tu sois réfractaire au moindre dialogue, loin de là, mais tu aspirais à d’autres loisirs pour cette soirée. Convaincue que demeurer là ne t’apporterai rien, tu finis par te lever. Tu t’éloignes du groupe, de la périphérie protégée d’une salle, et tu t’enfonces dans le coeur animé d’une foule exaltée. Le son se fait plus puissant, plus entrainant, il percute ta cage thoracique un peu plus fort à mesure que tu t’approches. Et puis c’est le coude d’une japonaise qui vient, à son tour, te frapper, et il cogne tes cotes violemment. Elle ne s'est même pas excusée, a disparu. Tu sers les dents, encaisses, consacres tes forces à traverser la masse grouillante de bras, de jambes et de cheveux qui se déchaînent sur la piste.
Tu aperçois le graal un peu plus tard, un comptoir presque aussi bondé que le devant de la scène. Tu réprimes un soudain élan de découragement, et une seconde fois, tu tentes de te frayer un passage au milieu de corps qui t’ignorent, des obstacles presque hostiles qui s’opposent à ta progression.
L’un deux fait finalement plus que de te freiner, car d’un mouvement certainement involontaire il te pousse, t’envoie percuter le flanc d’un assoiffé, d’un soiffard ou de tu-ne-sais-trop-quoi. Tu cognes son épaule, son bras, tu manques de te viander, et de le faire basculer de sa chaise aussi. Le contenu du verre qu'il avait dans la main n'est ni dans son gosier, ni dans le gobelet, mais déversé sur son pantalon.
Oups.

Phymeris Deteripsa

Phymeris Deteripsa
Lun 29 Avr - 23:29
Apparences



Journée basique dans le corps d’un homme hors norme. Des fleurs à mes pieds et beaucoup d’orgueil. Un charme à toute épreuve, un charme qui les excites. Elles sont toutes là à me voir défiler dans les couloirs, elles sont toutes là, prête à avoir leur duo avec moi. J’ai cette manie de leur offrir mon plus beau sourire, mon plus beau regard, mon narcissisme sans faille. J’ai une autre manie, chaque matin je m’arrête devant une des pièces utilisées pour les tournages et j’y jette un œil. Rapide mais non sans être remarqué. Je repars, aussi vite que je suis arrivé. Ça les réveilles, ça les booste, ça les pousse à faire mieux car qui sait ; un jour ce sera moi et toi.

Journée basique dans le corps d’un mec crevé. Mon dos craque et l’eau gelé ne fait qu’envenimer la situation. « encore une salope sans retenue », dis-je les lèvres pincés de toutes mes dents. Les paumes glissant sur la paroi carrelé, je soupire et mon corps entier commence à frissonner. Je ne sais pas si la fatigue commence à ronger chacun de mes atouts, je ne sais pas si j’arriverai à tenir la cadence, à tenir le masque droit. Je suis incertain autant que mes forces le sont. Je ne suis qu’un ramassis de connerie, mais de jolie connerie. Un rire, seul, accompagné du jet d’eau et je recule. Mon dos heurte la barrière vitrée et je tire un coup sec sur la poignée de douche. Le câble se tend, se tend et fini par glisser ; le pommeau s’écrase sur le haut de mon crâne. . . « merde. ». Enfin ouais. . . Vous avez compris ; une journée basique dans le corps d’un mec charmant mais crevé.

Décidé à renverser la tendance et à recommencer à m’amuser, je cavale dans les rues de l’Est à la recherche du bon coin. Rien ne me semble différent d’il y a deux ans et s’en ai presque pathétique. Ce quartier n’avance pas, il n’y a que ses têtes qui le font. Et ça me fait doucement rire, planté là, avec ma clope au bec, à fixer le moindre mouvement des gonzesses cherchant une petite pièce chez le premier venu. Elles sont cheum et n’ont aucun avenir. Le nord n’a pas à avoir peur. Je soupire et continue ma route.
J’arrive peu de temps après au Night Club et j’ai les commissures qui frétilles. La nuit s’est installé depuis le début de ma promenade et l’effervescence esteuse bat son plein. Des filles de joies, des boissons à gogo, une musique pas trop dégueu et putain, cette came qui m’avait manquée. Je pénètre l’endroit et ce qui me frappe en premier, c’est l’odeur d’alcool renversé : il y en a partout par terre. Sur la pointe des pieds, j’essaye de ne pas abîmé mes pompes et arrive enfin au comptoir. Le longeant, j’espère croiser Isas, mais rien n’y fait, ce pauvre type n’est jamais là quand on veut le voir. Alors pour passer le temps, je commence à boire.
Un premier whisky puis un second. J’ai besoin de me mettre rabat pour ne plus sentir mon dos et ça commence à faire effet. Lentement, je défait le premier bouton de ma chemise et remarque avec agacement du rouge à lèvre dessus. « putain, mon truc blanc. . . »
Frustré je pose mon verre sur le comptoir en un fracas silencieux tant la musique domine la salle. Je tire sur ma veste en cuir et espère pourvoir frotter la tâche sans trop aggraver la situation mais. . . C’est sans compter l’initiative de cette meuf. Elle arrive, assurée de pouvoir sortir de la foule et des monstres de la danse. Sur son passage, un bras maladroit me bouscule, et c’est contre mon gré, j’arrive contre elle et l’a fait renverser un mec de son tabouret. C’est bizarre, j’ai envie de rire. C’est bizarre parce que ce mec, lui, non. J’attrape le bras de la jeune fille et l’invite à rentrer de nouveau dans la foule. Elle n’y est pour rien et d’un coup d’œil rapide, j’aimerais éviter qu’une jeune fille se prenne une tarte devant tout le monde. Alors, je pousse, j’insulte, je n’hésite pas pour me frayer un chemin et enfin, on arrive à l’extérieur. L’air frais fouette mon crâne et mes cheveux commencent à lentement se décoller de mon front. Les étoiles ont l’air moqueuse mais ce n’est pas bien grave, je dois sûrement rester charmant. Alors je daigne l’a regarder, enfin, clairement et je mes commissures, putain, elles frétillent encore.

_ Putain, de toutes les meufs à l’Est, fallait que je tombe sur toi.

La petite et talentueuse Phymeris. Je me rappelle il y a quelques années, aux limites de l’Est, à cette soirée, elle y était. Je me rappelle qu’elle était clairement mon type, qu’elle était clairement drôle, qu’elle était clairement une meuf bien au fond. On avait bien rigolé, on était resté seul, là bah, loin de ceux qui nous avaient invités parce qu’au fond, ça nous gavaient. Alors je rigole, comme il y a quelques années et je m’approche d’elle. Une main sans gêne pour se fourrer dans sa chevelure et mes lèvres à son oreille.

_ Avoue t’aurais kiffer que le mec au pantalon mouillé, ce soit moi.

Un gamin qui retrouve une pote. Un gamin qui oublie son charme, sa fatigue et qui vit. C’est cool.

Aaron T. Dorfei

Aaron T. Dorfei
Dim 5 Mai - 20:07
Le mec à l’air surpris, d’abord. Surpris du brusque choc contre son épaule, surpris de la fraîcheur soudaine qui glace sa chair, glisse le long de sa cuisse. C’est comme si l’alcool avait émoussé ses sens, il perçoit rapidement, mais assimile lentement. Et puis il comprend, et puis il semble furieux. Il tourne la tête vers toi, la fautive et responsable qui s’est figée bêtement, comme si tu attendais qu’il te remarque pour t’excuser. Il a les yeux sombres, presque noirs, et ils luisent d’un feu glacial, d’une colère sourde quand il te regarde. Il t’accuse, te maudit, muet pendant une seconde, puis loquace. Il ouvre la bouche, meut sa langue puis ses lèvres pour former des syllabes qui feront des mots pour t’incendier. Il reproche ta maladresse, ta damnée gaucherie, quelques secondes de plus et tu aurais mis ta main à couper qu’il t’aurait parlé du prix de son smoking, ce magnifique costume trois pièces que tu devines fait sur mesure tant il semble fragile. Il l’a accompagné d’une montre, flambante, éclatante et certainement lustrée à peine une heure plus tôt. Ca pue le fric, de fait, ça pue pour toi.
Et puis tu sens qu’on tire sur ton bras. Une main froide d’avoir tenu trop longtemps un verre empli de glaçons qui referme ses doigts à hauteur de ton tatouage, et qui t'entraîne. Tu fuis sans trop comprendre, tu fuis une gifle, tu fuis un regard, un flot de haine ainsi qu’un pantalon mouillé, et tu disparais dans la foule, et tu disparais dans la nuit.

L’air frais mord ta chair. Après la chaleur étouffante d’une boîte de nuit pleine à craquer, c’est un véritable soulagement. Tu inspires profondément, savoure le dioxygène qui pénètre tes poumons, éveille tes alvéoles, gonfle ta poitrine, puis tu souffles. Bêtement, tu laisses un sourire venir étirer tes lèvres, cette esquisse stupide qu’on arbore après l’exécution d’une frasque, après une montée rapide d’adrénaline face à un jeu dangereux. Tu l’exposes à une rue presque vide, à l'infini d’un ciel sans étoiles, et puis au mec qui t’a tirée de ce mauvais pas.
C’est à cet instant que tu comprends que ce mec, ce n’est pas n’importe qui. Une gueule d’ange et un cul à tomber, orgueil et passion mêlés. Nombreux le connaissent grâce à son métier, toi, c’est parce que tu as voulu te faire tatouer. Tu t’étais tournée vers un ami artiste, professionnel aguerri, et tu avais pris le créneau juste après le sien. Vous vous êtes croisé, avez parlé. Tu te souviens t’être dit qu’il faudrait que quelqu’un le remette en place, ce petit con trop sûr de lui. Tu l’avais envoyé chier, et il avait aimé ça. Ca avait continué toute la soirée, et toi avec trois grammes dans chaque oeil, prenait toujours un malin plaisir à lui opposer une résistance à laquelle il ne devait pas être habitué.

Tu tiltes certainement au même instant que lui, alors qu’il lâche sa première phrase. Tes commissures s’étirent un peu plus, le soulagement affiché se change en une moue malicieuse. Il ne te fera pas croire que tomber sur toi lui déplait, au fond.
Et puis il s’approche. Sa main est toujours aussi froide, mais son souffle est chaud, il brûle ton cartilage alors que ses paroles s’instillent dans ton esprit. Tu sens sa hanche frôler la tienne, il est si proche que tu peux sentir son parfum qui se dégage de sa chemise, du creux de son cou, ce genre de truc entêtant qui plaît à toutes les filles, qui pourrait te plaire à toi si tu décidais d’y accorder de l’attention.
Mais tu es une fille un peu casse couille, la barbie casse-noisettes du monde moderne. Tu poses ta main sur son torse, à plat sur son sternum, et tu exerces une légère pression. Suffisante, tu l’espères, pour lui faire comprendre de faire un pas en arrière, de prendre ses distances, car de ton côté, tu ne reculeras pas.

Tu attends qu’il ait relevé la tête. Tu croises son regard, l’acier tranchant d’un métal acéré. L’amusement qui étirait tes lippes évanoui, tu ne laisses plus que tes yeux trahir tes émotions. Un sérieux à peine assez affermi pour être preuve d’un mécontentement et une provocation pas même dissimulée.

- Avoue tu aurais kiffé.

Tu hausses un sourcil interrogateur, comme si tu attendais qu’il opine. Mais tu es certaine d’avoir raison, et tu finis par sourire. Un sourire taquin, presque mesquin, presque mauvais. A ton tour tu fais un pas, celui que toi, tu l’avais poussé à effectuer pour s’éloigner.

- Je me serai arrangée pour qu’une serveuse vienne s’en occuper, tu aurais été aux petits soins entre ses mains expertes, le paradis :hearts:

Imaginiez vous la même chose ? Tu te plais à penser que non, et ça t’amuse. Ce genre de jeu t’avait manqué, toi qui depuis des années, te perds en responsabilités, en factures, en soucis et en tourments. Une soirée à se vider la tête, une cape, un masque, une pièce à ciel ouvert et de quoi satisfaire cette soif qui te brûle la gorge. Tu n’aurais pu rêver mieux.

Phymeris Deteripsa

Phymeris Deteripsa
Sam 11 Mai - 15:02
Hungry « Tu vas finir touché »



Et tu prends tes distances. Elle l’a décidé, pas trop près. Et ça me rappelle, ce jour-là.
Entre les rideaux occultant, on voyait un rayon de lumière. Encore tôt, encore la journée, la fumée qui se mêle aux effluves de ma peau. Je fumais, comme un vrai salopard pendant ma séance de tatouage. Les vagues de fumées dans les airs, contrastés par cette putain de lumière, maligne, douce, discrète. Ça me rappelle son arrivée, dans la pièce. Une lumière, maligne mais douce. Je me rappelle qu’au premier coup d’œil, j’avais eu la méchante envie d’la gérer. Mais ça ne s’était pas fait. Pourtant, loin de me déstabiliser, elle était ce qu’aucune fille -ou presque- n’avait eu le cran de devenir ; intéressante. Alors ce jour-là, on avait rythmé notre journée de piques, de rires et le tout sans mesure. Je me rappelle de la nuit, quand les rideaux n’avaient plus rien à filtrer et que le cellophane recouvrait mon avant-bras. Les pupilles dilatées pour s’adapter aux ténèbres de la nuit, une lumière tamisée, et de la tise. Ambiance bon enfant. . . Mais elle a décidé, pas trop près.

Alors à distance convenable, je la reluque. Du bas de ses petites jambes, je détaille la courbe de son corps et comme à mon habitude, m’attarde sur les quelques détails intéressants. En deux ans, il n’y avait pas eu tant de changement. Peut-être que si, peut-être pas. Je ne pourrais vous dire.
Et elle ouvre sa bouche, lance les hostilités. La répartit, bien quelque chose que j’adore chez elle. Je ne réagis pas, je souris, comme à mon habitude. Finalement, cette distance, convenable, elle la brise et se rapproche. J’hésite quelques secondes à l’attraper et ne plus la lâcher. J’hésite à être gêné par cette intimité entre nous. Non, je déconne. Les commissures dressées comme la queue d’un p’tit chien, je me penche à son oreille, de nouveau. Elle aime bien parler, elle aime bien attiser, elle n’a pas l’air de se souvenir que je sais aussi jouer.

_ Je préfère les tiennes, de mains. Elles ont l’air de savoir ce qu’elles font. . .

Un léger clin d’œil au moment de retrouver son regard. Un rire à gorge déployé. J’aimais me foutre de sa gueule, c’était évident. La relation qui s’était instaurée cette nuit-là, n’aurait jamais pu évoluer en quelque chose de malsain. Alors, je prends mon plus beau sourire, mon plus bel air, et lui tends mon bras, comme pour l’inviter à me suivre, à s’attacher, une nuit encore.

_ Retournons à l’intérieur, nous peindre le foie d’liqueur et d’liberté. Toi et moi, j’ose croire que nous ne sommes pas là pour faire acte de présence. Allons nous amuser, ouais.

Je prendrai de ses nouvelles plus tard. J’ai soif et j’ai faim, de débauche.

Un pas, après l’autre. L’étouffante atmosphère de l’Est, regroupé dans la même pièce. Nous sommes encore là. Je sens une différence, au fait d’être accompagné. Au fait de ne plus être seul. Au fait de savoir, que ce soir, je rentrerai bel et bien seul mais, plein d’nouveaux souvenirs.

Aaron T. Dorfei

Aaron T. Dorfei
Lun 1 Juil - 18:53
Tes mains, délicates, habiles, douces et audacieuses, n’ont pourtant rien d’expertes. Dix doigts dotés d’une dextérité que d’aucuns jugent extraordinaire qui se montrent souvent bien gauches lorsqu’ils tiennent ni crayon, ni pinceau, ni pointe ou dermographe. Tes phalanges dessinées de cicatrices sont le reflet d’une maladresse invétérée en cuisine, la ligne qui court de ton poignet à ton avant bras sur presque dix centimètres est la récompense de piteux exploits en matière de bricolage. Elles savent ce qu’elles font ? Tu n’aurais pas osé prononcer pareille hypothèse, ni même pensé y songer, la considérer serait alors insensé. Au fond de toi, du moins au fond de ta tête, une conscience impalpable esquisse un sourire narquois, moqueur face à cette idée, mais ce rictus reste enfoui, fruit d’un imaginaire trop fertile. À la surface, sur ce visage fin, presque anguleux, c’est un air complice qui est arboré, et ton masque sourit, et ton masque taquine. C’est agréable de le porter, c’est agréable de le porter et de jouer de le porter, car finalement, ton partenaire de jeu sait que tout ceci, désormais, ne relève plus que d’une comédie. Il ne s’agit pas de feindre pour plaire, d’imiter pour impressionner, mais d’incarner pour s’affranchir. Une comédie intime, une pièce où tous les deux avez le plus beau rôle, où rien n’est écrit, rien n’est scripté. Une sorte d’avant-goût de liberté qui réveille en toi un appétit enfoui.

Tu n’hésites pas une seconde lorsque, gentleman, Aaron te propose un bras galant. Comme une demoiselle aurait jadis affirmativement répondu à l’invitation d’une danse, tu déposes ton avant bras à plat sur le sien, ta paume caresse le dos de sa main. Et le visage tourné vers le sien, tu opines, tes yeux pris de ce regard un peu déterminé, un peu taquin, qui assure ta volonté de t’amuser, peut-être au mépris de quelques us et coutumes nippons ennuyants.

Tu retrouves la chaleur moite de la salle bondée, l’odeur poisseuse, transpiration, parfums et alcool. Ca te colle à la peau, et ta chair s’en imprègne. L’ivresse fiévreuse d’une communauté en liesse, ça te rappelle à quel point tu as soif, et soudainement, ta gorge se fait sèche, ton souffle désagréable. Tu jettes un coup d’oeil à l’homme qui t’accompagne, et tu ressens déjà sur ta nuque le regard mauvais de quelques dames jalouses. Tu n’es pas sans savoir le métier de ton partenaire, sa popularité, il va s’en dire que tu t’en fous bien.

- S’amuser, bien sûr. Mais cédons à quelques .. préliminaires, avant, tu veux bien ?

Ton regard est insondable, ce jeu de mot était trop facile, mais trahir l’ambiguïté de ton phrasé d’une esquisse aurait été un coup de pied donné à ton rôle. Tu préfères mener la danse, et finalement sans attendre l’approbation de ton complice, tu fais le premier pas. Ta paume jusqu’alors reposée sur sa peau se referme doucement sur sa main, et tu l’emmènes de nouveau à un bar sans plus te soucier de savoir qui tu y trouveras. Celui ci est immense, en cercle, et vous êtes désormais du côté opposé, monsieur costard_heurté ne devrait pas vous embêter et quand bien même.
Tu trouves une place, à peine assez large pour deux. Ta hanche contre la sienne, ton coude collé au sien, tu hèles un barman, décidée à être vite servie. Et puis de nouveau, l’azuré de tes prunelles se perd sur le hâlé de sa peau.

- Des retrouvailles méritent un accompagnement de qualité. Qu’est ce que je t’offre ?

Phymeris Deteripsa

Phymeris Deteripsa
Mar 6 Aoû - 14:03
still cold

Un spectacle d’ombre chinoise dansant au gré des projecteurs. Tu sais, j’ai longtemps fuit ce qui me pourchassait à la tombée de la nuit. Une distorsion, un dédoublement de moi, obscur. Quand j’étais petit, je courrais pour lui échapper mais c’était plus fort que moi, ça m’rattrapait et généralement je me mettais à pleurer. Ah, les jupons de ma mère. Ces doux tissus et ce parfum d’olive plein les narines. Souvent, elle en riait et ses traits se mettaient à danser. Parfois, elle me soulevait pour câliner mon petit corps. J’ai toujours sa voix qui me perce le tympan, me soufflant que les monstre n’existent pas pourtant. . .
J’expire et c’est un spectacle d’ombre chinoise qui vogue au gré des projecteurs. Ce contact me raccrochant à la réalité. La moiteur de sa paume contre ma main et la chaleur de son corps contre le mien. Quelques secondes je laisse mon regard plonger dans son décolleté mais même ma taille ne joue pas en ma faveur. On se bouscule beaucoup trop par-ici. Le bar et ses places étriqués. Bon homme, je recule et lui laisse un peu plus d’espace avant de me rapprocher d’elle, par derrière, l’enveloppant de mon torse, de mes mains au comptoir, de ma réponse.

Un sakerhina aux fraises, . . . j’te le conseille, les fraises c’est aphrodisiaque à c’qui paraît.

Et le sourire bien-sûr. Sinon ce n’est pas charmeur, c’est juste gros pochtron coureur de jupon. Ou pas. Peu importe.
Un rappel aux ombres à mon dos. Sans reculer, je tourne la tête pour regarder par dessus mon épaule. Comme impatient et dérangé par l’ambiance. Ma tempe à l’arrière de son crâne et toujours cette odeur si singulière pour me crier que j’ai pas à m’en faire. Des craintes enfantines que j’affronte chaque jour par le biais d’une vie de débauche. J’ai en tête les sale fête de Marshall, en tête les salles orgies qu’il a organisé et les maintes promenades sous acides. Je commence à douter de tout ça, douter de mon appartenance à quoi que ce soit. Un acteur porno, anciennement vandale ou vendeur dans un konbini en faillite. J’ai fais les mille coups et survécu. Je m’en veux peut-être, m’en veux peut-être d’être si ouvert à ce rôle de séducteur. L’appartenance au chaos. . . Ca m’correspond. Peut-être. Ou peu importe.
Les verres glissent sur le comptoir et je reviens à elle. Elle est à la maison, son district et sa famille. Du moins c’est que l’on peut penser en tant qu’étranger à l’Est. Je viens de l’Est, de ses ruelles jonchés d’déchêts en tout genre. J’ai des images de baston, parce que le rouge, parce qu’on s’éclate pour s’amuser, s’endurcir et devenir grand. On cherche à contrôler et à posséder ce que l’on nous prends. Je soupire et prend le verre. L’odeur des fraises se marie au saké. Un délice et un alcool trompeur. Je ne me ferai pas avoir, non pas ce soir.

Alors, les affaires ?

Ouais, j’ai pas le temps pour les préliminaires. Pas quand je sais que la fille en face de moi reste un puzzle incomplet. Le corps contre le sien, le visage déporté vers le sien. Un coude au bar, la main tenant le verre et l’autre, son épaule. Aller, réponds moi petite Souris.

Tu dois bien avoir de nouveaux objectifs depuis la dernière fois qu’on s’est parlé.

Aaron T. Dorfei

Aaron T. Dorfei
Sam 17 Aoû - 14:46
Il y a son corps qui se presse contre le sien. Parce qu'il y a trop de monde, parce qu'il n'y a pas de place, parce qu'il y a le jeu. C'est comme une danse, où caresses et tempo sont les maîtres mots, car il faut savoir garder le rythme. Contre ses mèches, elle sent le souffle du brun, chaud, qui fait voleter les brins fushia. Son torse contre ses omoplates et son bras qui frôle le sien, la chaleur que son corps dégage et son envoûtant parfum. Il n'y a pas de place, et il y a le jeu, mais rien d'indécent, rien de vulgaire. Après tout, la tatoueuse en a subit, des mains aux cuisses, des mains aux fesses. Dans ce genre de soirée où l'on profite de l'alcool et des néons, des ombres mouvantes et de la frénésie naissante, pour s'autoriser quelques écarts sans vraiment trop se soucier du consentement d'autrui, il y a toujours des débordements. Des nanas en larmes à la sortie de la boîte, réfugiées derrière la porte taguée des toilettes, oui celle-ci qui n'a même plus de loquet pour être verrouillée, ou cachées dans un coin, entre deux fauteuils. Des agressions, il y en a tous les jours, dans toute la ville, et tout le monde s'en fou. Elle le sait, elle la vécu. Des bras salvateurs, combien y en a-t-il, pour se refermer sur vous, pour essuyer le sel, sur vos joues, et vous assurer que tout ira bien ?

Il y a Aaron, collé à elle. Des muscles qui roulent contre son tee-shirt, contre sa chair. Son sourire, et son sérieux. Elle sait qui il est. Tombeur, beau gosse, rebelle, le fantasme de toutes ces dames, elle même le reconnait. Il y a de quoi faire de beaux rêves. Mais aucun geste déplacé, ainsi que des interrogations des plus courtoises. C'est agréable.

La souris fait tourner la touillette dans son verre. La fine tige peine à se frayer un chemin au milieu des glaçons, ils tapent contre le verre, délicatement, et bientôt, la feuille de basilic qui a été ajoutée, souveraine sur son lit de fraises, se noie, aspirée par le mouvement induit. Phyméris porte son verre à ses lèvres pour en déguster une gorgée. C'est bon, ça lui réchauffe le gosier, et ça la désaltère, enfin. Un sourire étire ses lippes tandis qu'elle tourne le visage vers le tatoué, pour répondre à sa question.

- Owh ... Vaste question.

Elle doit parler fort pour se faire entendre au dessus de la musique, au dessus des voix. Pour plus d'aisance, elle se tourne légèrement, ainsi elle le voit mieux et espère que lui même l'entendra mieux.

- Un peu toujours la même chose. Mon boss me laisse plus de responsabilités. Encore quelques années et je pourrais me mettre à mon compte !

Elle n'aime pas se dévoiler. On lui a toujours appris à se taire, taire sa voix, taire ses désirs. Quelques années d'indépendance inespérée n'ont pas été suffisantes pour briser ses barrières. La souris a toujours préféré se concentrer sur les autres, étudier plutôt que d'être étudiée.

- Mais et toi alors ? Aux dernières nouvelles, tu n'étais même plus dans le coin je me trompe ? Pourquoi être parti ? Pourquoi être revenu ?

Phymeris Deteripsa

Phymeris Deteripsa