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 Mayhem _ ft Yumi

| Dim 17 Mar - 19:12

Vasiliy Ivanova

Tous des incurables

Carcasse entre les rayons frais. Des canettes de bière japonaise. Par deux, dans le sac à dos. Et il dépose l’argent sur le comptoir. Il y a son teint blanc, blême, blafard, et la lumière crue à l’intérieur du konbini. Le rose qui envahit lentement ses yeux. Le noir de ses cheveux, grignotant son front. Et des restes d’ecchymoses. Sur le visage. La vieille lui rend la monnaie de sa pièce, sans lui adresser le moindre mot. Elle ne sait pas s’il est mort, ou vivant. Un peu des deux, peut-être. Puisque nous sommes, de toute manière, rien d’autre que des morts en devenir. Des incurables. Et surtout dans cette ville. Depuis que la mairie a brûlé. Depuis que Morgan est à l’hôpital. Depuis que le père de Yumi s’est fait flinguer. Depuis que Phyra squatte dans son appartement. Les portes automatiques se referment dans son dos. Il éclate une première bière, en marchant. La semelle de ces chaussures martèle le macadam. Entre des bruits de moteur, des particules fines dans l’air, les cris des gamins au skatepark, là où les dealers viennent vendre leur merde à la nuit tombée, et les rues sordides. Fonction exponentielle de la décadence, du chaos, de la violence. Bref, tout fout le camp. Et quelque chose en lui s’en régale.

Enfant du chaos. Nous le sommes tous. L’être humain, le crapaud et le chardon. Descendant du désordre. Et il ne peut y avoir de logique dans un monde absurde. Ni schéma, ni règle. Si cette histoire est écrite, c’est par un singe sous mescaline qui ne fait que taper, au hasard, sur le clavier d’une vieille machine à écrire. Et Vaska ne cherche plus de sens dans ce conte de fées depuis bien longtemps. Il avait pensé que le Japon le sauverait un peu de lui-même. Quitter la Russie et le béton de ces vieux immeubles soviétiques. La violence pour le piano. Le sang pour la musique. Mais il n’est rien, si ce n’est un autre de ces chiens de guerre. Un de ces yakuzas. Dont l’existence même est rythmée par la violence. Depuis cette soirée, ces doigts n’avaient pas caressé un seul piano. Le Japon est une absurdité. Venir s’y installer, aussi. La volonté même de vouloir prendre un chemin autre, également. Il n’y a rien d’autre à faire que de se laisser porter. Par le vent.

Vaska écarte ses bras, son pied s’enfonçant de quelques petits centimètres dans une flaque d’eau. Les yeux clos, quelques pas. Sentir le souffle qui s’engouffre dans les ruelles de l’Est. Le manteau, qui claque, comme une voile, rouge, sur le rivage. Un sentiment de plénitude ? Aucun. Tout juste un vide, en illogique cohérence avec le reste de l’univers. Et des lèvres toujours mortes, et abîmées. Mais quand même, quelque chose, là, au fond de la poitrine. Un instant, fugace. Éphémère. Il lance la canette dans une des rares poubelles qui n’étaient pas pleines. Ordure et crasse. Eau croupie dans chaussée éclatée. Il doit y être. Sans doute l’une de ces portes. Il fourre les mains dans ces poches. Il a reçu un de ces messages. Plus une demande, ou un ordre. Il n’a pris que le temps d’acheter des bières, et un nouveau paquet de clopes. Yumi. Elle est prise dans le maelström. Sable mouvant. Trou noir. Singularité gravitationnelle. Bourrasque de vent et tsunami. Tremblement de terre, murs qui craquent. Depuis ce fameux soir. Tout ce qu’il voulait, c’était jouer du piano, et fumer du shit. Quelque chose, au fond de lui, murmurait que tout cela n’était plus possible. L’espoir même est ineptie. L’horizon est gris, le temps à l’orage. Il y a dans l’air cette même odeur que les premiers jours de l’hiver. Avant que la neige tombe. Que l’eau se fige. Que les fleuves gèlent. Que les stalactites tombent des toits, des fenêtres, des panneaux, des réverbères, des voitures, des étoiles. Oui, la même odeur. Et, du bout du pied, il cogne trois coups à la porte. Trois coups. A la porte.
| Mer 10 Avr - 19:50

Yumi Shinogaï

« l’homme est parfois assez fou pour préférer le chagrin à l’oubli »

De gauche, à droite. L’espoir semble se balancer, là, au loin. D’un état assez las, assez affecté. Je lorgne l’horizon, la tête à l’envers et pour seul preuve de ma présence sur terre, la lourdeur de mon corps. Mon bras s’étire pour atteindre l’imaginaire, une lumière semble-t-il, une lumière qui s’amenuise. D’entre mes lèvres, un légère plainte car le mouvement est douloureux. Une tentative vaine, un espoir qui dégringole. Le bras tombe à terre et le haut de mon crâne se heurte au parquet délabré. Sans plus bouger, j’observe cet imaginaire s’en aller. Mes cils caressent l’air, las quand elles retrouvent leurs sœurs. Le temps ralentit quand je me met à penser et c’est affligeant de se retrouver face à son chagrin.

Le temps s’arrête quand il n’y a plus que le néant en face de moi. Le sang s’accumule dans mon crâne mais ce n’est pas grave car, le temps s’arrête quand le néant me fait face. Ahh-. . . J’aimerais l’enlacer et lui dire à quel point ma liberté semble lui ressembler. Tout était allé très vite ; la perte d’un père, le naufrage d’un clan, une fierté ébranlée et mille cadavre de mes sentiments. J’ai l’impression de manquer d’air, ma cage thoracique fait des siennes. Une grimace, enfantine et je me redresse. D’entre mes lèvres, un nouveau soupir, plus doux, plus long, plus dur. Et la réalité me rattrape, le temps revient à la normal. La cigarette tombe contre ma cuisse et je sursaute, saute hors du lit. Le kimono fait de satin glisse, glisse et trouve le sol. Pestant contre l’univers et contre moi-même. . . Contre, moi-même. Las, affaiblie par le chagrin, mes genoux trouvent à leur tour, le sol. Mon visage s’écrase contre le rebord du matelas et je pleure. Pleure sans raison apparente, pleure pour combler le vide, pleure pour simplement passer le temps.

Le temps, une chose que l’on a du mal à définir. Il me rattrape quand le bruit de la porte martelé m’interpelle. Les guibolles faites de sucres ont du mal à se tenir droite et ne parlons pas de mon visage dévasté. Comme une machine n’ayant plus d’huile, je prend avec difficulté mon kimono que je remet avec lenteur. Une clope sur le buffet que je glisse entre mes lèvres et je rame sur le sol. Pieds nus et sans grand intérêt. Une main essuyant ma gueule et l’autre allumant de manière vive la cigarette. L’escalier craque sous mon poids et j’arrive en face de la porte. Un instant j’hésite à recevoir mon invité comme ça, un instant, je jauge la situation. Un soupir recrachant un nuage blanchâtre et j’ouvre la porte.

Un sourire plaqué au visage, je recule pour lui laisser la place d’entrer. Mes cheveux désoxydé, je les ramènes en arrière et glisse de nouveau dans la petite maisonnette délabrée. Je suis un peu cette femme qui crie à l’aide mais, également celle qui cache ses faiblesses.

- Fait comme chez toi, enfin, ouais.

De gauche, à droite, je me balance. J’écrase mes espoirs sur ce canapé et m’y étale un peu plus. Du bout des doigts, je lui fait signes de m’accompagner, de prendre place à mon côté. Finalement, c’était un pas vers le futur. Un futur incertain fait de peu d’espoir, fait de peu de foi. Fait de mes mains froides et de mes envies de vengeances.

- Il faut qu’on parle Vaska.  Les choses vont devenir amusante, pour toi.



Ͽ Dark

Hime '

| Dim 14 Avr - 1:01

Vasiliy Ivanova

Coefficient de marée

Matière noire dégoulinant sur son visage. Ses cheveux, son maquillage, emportés, par des eaux, salées. Ses yeux, ses joues, ses lèvres. Le kimono, ce n’est qu’un peu de tissu sur une épave. Des motifs imprimés, sur une peau blafarde. Merde. La tête de celles que l’on traine dans un cimetière cimetière. Pelle sur l’épaule. De la terre sur le visage. Il a le goût du houblon sur les lèvres. Un regard, coulant, sur les ruines, de la japonaise. Et lui aussi, a ce teint pâle de cadavre. Les lèvres gercées, et les globes oculaires, cernés. Mais c’est le fruit de la naissance. Et de la neige et du spice. D’un bras qui n’est plus, d’une douleur fantôme. Des explosions, des gravats, des blocs de béton. Mais elle. C’est l’œuvre d’un peintre. Le chaos. L’absurde. Le merdier. Le bordel. Des noms différents pour une même entité. Il passe la porte, et la referme derrière lui, d’un coup de talon. Claquement. Il a des bières dans le sac. Pour repeindre, peut-être, un peu, sur son visage. Elle est horrible. Il aime bien. La voir s’écrouler sur le canapé. Les dégâts de la tempête. Des coups de vent, et de la marée, qui monte, et englouti, la plage, les rues, les premières maisons, et les champs. Il se laisse tomber, aussi. Après avoir fait tomber, son manteau, et son sac, quelque part. Et, penché vers l’avant, il défait. Les lacets de ces Doc Martens.

« Amusante ? Tu me permets d’en douter ? »

Il lui semble que, la dernière fois, qu’on lui avait dit ça, il avait perdu, quelque temps après, un bras. De semelle en semelle, ses pieds sont nus, désormais. Et il fouille, dans son sac, pour sortir deux nouvelles canettes. Qu’il pose sur la table. Il avait senti, tout cela, dans l’air. Les narines tendues vers le ciel. Attrapant le salpêtre, la haine, le chagrin, et le feu et les gaz sarins, dans les sinus. Un chien dans la rue. L’odeur sur le macadam. Et le rouge, dans le ciel, la nuit. Dévastée. Elle l’est. Mais la vengeance viendra. Et peut-être germe-t-elle déjà. Comme cette soirée, sur la plage. Quand il la frappait, elle frappait, plus fort encore. Et ses doigts autour de son cou, le souffle lui manquait. L’air, dans ses poumons. Des faisceaux sanguins, dans ses yeux, explosés. Quand il marquait, d’un bleu, sa peau. Elle dessinait, en plus gros encore, un hématome, sur son corps. Toujours. Encore. Il décapsule la canette. Et la fait glisser sur la table. Vers elle. Pour elle. Et la sienne s’ouvre aussi. Le bruit du gaz qui s’échappe. Les premières bulles qui explosent. La mousse qui montent et se forment. Et de longues gorgées.

Amusante, pour toi. Les choses von devenir amusante, mais pas pour lui. Lui, ce n’est qu’un chien. Un clébard soviétique. Paumé au japon. Et il n’a rien à gagner dans cette croisade qui se prépare. Tout à perdre, tout au plus. Les sangles de son bras l’emmerdent. Il voudrait les enlever. Mais aimerait garder quelque chose d’humain, devant elle, aujourd’hui. Seulement pour que l’un d’eux ressemble à quelque chose d’humain, dans ce salon. Non, les choses ne vont pas être amusante. Et pourtant, il va signer au bas du parchemin. Pourquoi ? Il n’en sait rien. Mais, de son sang, il signera le pacte faustien. Goethe et Marlowe, quelque part. Parce que tout cela est absurde, sans doute. Qu’il accepte, ou qu’il refuse, tout ça n’a pas de sens, ni de valeur. Alors, pourquoi pas. Qu’importe. Il lève légèrement sa canette vers Yumi, et boit à nouveau. Avant de la poser, et de passer, sa main, dans le désordre de ses cheveux.

« Je t’écoute, Yumichka. Qu’est-ce que tu veux ? »
| Ven 19 Avr - 23:44

Yumi Shinogaï

h o p e

Et mes paupières s’alourdissent dans une lenteur à peine croyable.
Et mes espoirs grandissent, s’alourdissent à en devenir à peine soutenable.

Et je manque d’air pendant ce ralentit. Et je manque de repère dans ce taudis. Une inspiration forcée, bruyante ; j’ouvre les yeux. Et de nouveau je vois. Il n’y a que mes mains pour porter ce fardeau, mes mains et mon esprit désespéré. J’observe la longueur de mes doigts puis la lenteur de mes inclinations. Il y a la fierté puis l’appétence d’y arriver. Arriver à quoi ? A tout niquer. Je suis peu fier d’être dans cet état mais ce n’est que la continuité d’une adolescence brisée. Alors je rumine et par période, je m’isole. Malheureusement, ce n’est plus possible : dans ses mains reposent la fierté de toute une famille.

Une larme, la bouche entrouverte. Je réalise avec amertume la situation, réalise qu’il n’y a plus que des barreaux autour de moi, que je suis en prison. Un enfermement familiale, une prison dorée. J’exhale en laissant mon cou faiblir. La tête penché en avant, je réalise que mes mains ne sont plus les miennes et que mes espoirs ne sont plus réels.

Une nouvelle larme, les lèvres pincés. J’aimerais me réveiller pour affronter ce merdier. J’aimerais redorer ma fierté, ma famille et mes idées. J’aimerais ne plus voir ces mains comme simple objet ; un balai. J’ai le cœur qui palpite et l’envie de gerber.
. . .
Le grincement de l’aluminium sur le bois non ciré. Une tâche naissante, une auréole aqueuse. Je vois des choses, m’entends penser des choses. Mais cette main balaye la torpeur, elle me ramène sur ce canapé. Mes doigts glissent sur mes joues salés et je le regarde, du coin de l’œil. Il est déjà en train de boire et, c’est lui tout cracher. Il avale, sans difficulté, ce que beaucoup ne pourrait supporter. Il m’apparaît être finalement, la bonne main et la bonne force. Une impression de retourner sur cette plage et de suer quand je m’approche de lui, délaissant l’idée de me saouler pour mieux parler. Une main à sa cuisse, je le dévisage.

tu vas m’aider,   . . .  s’il-te-plaît, sois mon ombre et soleil. devient ce que j’étais, mais en meilleur. tu verras, ça a des avantages mais surtout, . . . tu ne t’ennuiera jamais.

Et je m’y perds trop facilement. L’hiver dans son regard me déstabilise ; je prends froid et recule. Mes lèvres étaient proche des siennes, mais je prends froid et recule. Mon état me fait tout mélanger, mon état me rend folle, mon état n’arrange rien. Alors je reviens à cette idée de base en attrapant la canette et j’y bois. J’avale à sa manière, avec force et sans regret. J’aimerais y retrouver cette forme de sobriété, cette forme de liberté. J’aimerais que ça monte, j’aimerais tout contrôler.

hhh. . . et je pose la canette, l’écrase entre mes doigts et murmure, devient mon bras droit volk, tu verras, tu vas t’amuser.

Et mes paupières s’alourdissent dans une lenteur à peine croyable.
Et je décide de le vouloir, avec moi, de mon côté, pour moi, moi seulement.



Ͽ Dark

Hime '


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