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 Nostalguiya [Vaska-Phyra]

| Dim 20 Jan - 23:31

Phyra

Le taxi s’arrêta enfin dans une ruelle sombre du quartier Est. Le voyage depuis l’aéroport eut été bien moins compliqué sans tous ces contrôles de police mais Phyra y était habituée. Les pays qu’elle fréquentait avait tendance à comporter cette ‘’particularité’’. C’était d’ailleurs plutôt l’absence de cette dernière qui indiquait la fin.

La femme rouge sortit une liasse de billet, en compta quelques-uns un peu trop lentement et les tendit au chauffeur avant de descendre sans un mot. Dans l’obscurité de l’endroit, uniquement éclairé par les phares de la voiture, son pardessus rouge vif se détachait nettement, comme si elle était sortie d’une légende urbaine.

La voiture repartis et elle fit quelques pas en avant, tentant de lire un papier qu’elle tenait dans sa main droite.  Une adresse était marquée dessus, un contact l’avait récupéré pour elle avant qu’elle ne décolle de Shangai.

Il devait être trois heures du matin quand elle avait enfin atterris à Mayaku  et elle ne voulait pas perdre plus de temps. Dormir trop peu était mauvais pour la santé. Elle fit encore quelques pas avant de réussir à déchiffrer les pattes de mouche.  

Cinq minutes plus tard elle était devant une sorte de ruine ou de squat à la japonaise, un de ces anciens logements de groupe comme on en voyait souvent dans les récits. La toiture penchait dangereusement et semblait vouloir se battre en duel avec les murs pour savoir qui lâcherait en premier.  Fou comme la misère affichait toujours le même visage. Enfin qu’importe.

Elle franchit ce qui restait du portail et longea la bâtisse, comptant les portes. Enfin, elle arriva devant celle qui l’intéressait. Son poing se souleva et frappa trois fois contre le bâtant vermoulue, suffisamment fort pour réveiller les voisins aussi. Puis la femme récupéra son attaché-case et attendit en silence que Vaska lui ouvre.
| Jeu 31 Jan - 0:13

Vasiliy Ivanova

Une silhouette rouge

L’obscurité d’une nuit sans étoile. Seulement les réverbères, illuminant des rues sales. Et la luciole rougeoyante, brillant sur le bout de son joint. Sur le toit de son immeuble, Vaska observe. Ces astres tombés sur la terre. Et la douceur du vent qui s’écrase sur sa peau. Blanche comme la neige. Celle qui poudroie sur la solitude de son enfance. Etincelle hivernale, et froide. Sur le bout du nez. Les semelles qui s’enfoncent. Dans le bitume. Un casque sur les oreilles. Et les voix, russophones, qui se mêlent, dans ses tympans. Il retourne au pays, juste là, au bout de sa tige. Quand, à quatre pattes, il grimpait les chars soviétiques, les dépouilles d’un bloc communiste aux abois. Quand, adolescent, il portait ce survêtement à bandes. Adidas. Et les gopniks du coin. Les chiens errants, et les chats. Tout foutait le camps. Mais à bien y réfléchir, tout foutait le camps ici aussi. Moins de piano, plus de violence. La guerre des gangs qui s’intensifiait, et lui, entre deux feux. Morgan. Encore une longue inspiration. Sur ce joint. Chargé comme la mort. Pour le tuer, un peu. Et un nuage qui décolle, comme une fusée, jusqu’à faire des trous dans l’atmosphère. Peut-être qu’il faudrait décoller aussi. Peut-être.

La fin d’une chanson. Et il repousse son casque autour de son cou. Pour profiter du silence de la nuit. De ce calme qui ne dure jamais. Quelques secondes. Quelques minutes. Et le feu commence à brûler ses doigts, déjà jaunis par tant d’autres cigarettes, tant d’autres pilons. Il le balance. Et ce petit insecte incandescent tombe dans le vide, et s’écrase sur le macadam. Une dernière odeur d’herbe cramée. Et il tourne les talons, pour reprendre l’escalier, et redescendre dans son appartement merdique. Mais il y a ce bruit de moteur, qui déchire la quiétude de cette nuit, comme on coupe une plaquette. Un coup d’œil derrière lui, et il aperçoit une silhouette sombre. L’espace d’une seconde, il a l’impression de se voir, sortant d’un taxi. Pour toquer chez quelqu’un, sans doute. Et le flinguer. Il est, trop souvent, celui qui frappe à la porte.

Et ses semelles se pose sur le métal de l’escalier. Quelques cliquetis. Et il longe les couloirs sombres et glauques. La poussières. Les murs décrépis. Quelques débris. Et des lumières jaunâtres, qui sautent, de temps en temps. Décors horrifiques, et flippant. Qui n’est pas sans lui évoquer quelques autres souvenirs. Des graffitis. Des ascenseurs qui n’ont jamais fonctionné, sans doute. Le numéro d’un dealer écrit en lettres blanches. Et il se laisse tomber sur son canapé. L’esprit qui s’évade, un peu, ailleurs.

Quelques coups à sa porte. Merde. Tant pis. Il est absent, ou mort. Dans le fond d’un caniveau. Ivre, noyé dans une flaque d’eau. Défoncé, il a voulu s’envoler. Du haut du sixième étage. Son crâne et ses organes, éclatés contre le sol. Mais il avait cette impression. Que l’écho de ce bruit se répandait à l’infini. Comme une frappe discontinu. Un bordel perpétuel. Alors il se redresse et soupire. Putain. En pleine nuit, sérieusement ? Et sa carcasse qui craquèle, en se mettant debout. Quelques pas jusqu’à la porte. Il attrape, au passage, son flingue. Un tokarev qui s’enraille jamais. Souvenir du pays. Et le charge, avant de le glisser dans son dos. Son bras mort repose sur la table basse. Tout comme sa pudeur. En jean, le torse nu, comme d’habitude, la peau de ses pieds frottent un parquet froid. Pas de coup d’œil à travers le judas. Seulement une poignée qui se tourne, et une porte qui s’ouvre. Et la certitude de plomber la personne qui venait le faire chier si tard.

Mais, cette silhouette rouge. Et des cheveux d’un blond platine. Virant sur le blanc. Et des yeux qu’il connait que trop bien. Un fantôme d’un pays blanc. Et rouge de sang. Le spectre, métaphore du passé. Un peu de neige se dépose sur son visage, qui demeure sans expression. Il y a seulement ses yeux, trop clair, qui tombe sur ce visage.

« Cерьезно* ? »

Phyra. Si c’était quelqu’un qui lui demandait de le ramener au pays, elle pouvait aller se faire foutre. Sa mère, ou sa sœur, qu’importe. Si c’était pour son trafic d’arme à feu, elle pouvait aller se faire foutre. Et si c’était pour aller se faire foutre, elle pouvait aller se faire foutre. Et pourtant, il ne referme pas la porte. Phyrachka. Sérieusement. Qu’est-ce que tu fais là ?

* Cерьезно - sérieusement, prononcé "seriozna".

| Ven 1 Fév - 22:14

Phyra

La femme lui sourit. Ce sourire n’est pas incroyable, ni même impressionnant, mais il arrive à dégager un peu de chaleur, quelque chose bien à lui. Un peu identique ce sentiment que l'on ressent quand on ouvre un carton trop vieux ou lorsqu'on entend une musique que l’on aimait particulièrement était plus jeune.

« Cela fait longtemps. »

Les mots que la femme prononce sont japonais. Un retour rapide à la réalité du lieu et aux obligations de son existence. Son sourire disparait d’ailleurs avec ces mots. Elle semble parcourir du regard la pièce derrière le jeune homme, comme pour éviter de trop regarder ce qui manque chez lui.

« Tu me laisses entrer ? »
| Sam 9 Fév - 0:02

Vasiliy Ivanova

Vodka en bouteille

De la poussière sur une vieille photo. Et des poumons qui soufflent du dioxygène sur des visages imprimés, et ternis, par le temps, et la distance. L’amertume d’un café sans sucre. L’acidité d’un jus de citron non-dilué. Une chaleur qui ne réchauffe pas même le bout des doigts. Le bout du nez. Il y a le vent, nocturne, qui se fracasse, comme les vagues sur les récifs, sur son torse. Qui s’écoule le long de ses cheveux. Qui s’agglutine dans le fond de ses yeux. Il y avait quelques soubresauts dans sa poitrine. Des soubresauts d’un cœur sous entrave. Mais, toujours, ce vide sur son visage. Tout semblait absorbé, dans l’éther, par des drogues et des stupéfiants divers. Dans la poussière. Il fallait lui demander, à elle, ce qu’il ressentait. Mais, il n’y avait aucun murmure, rien. Seulement cette brise. Qui bousculait les mèches sombres de sa chevelure de jais. Qui glissait sur ses lèvres gercés. Cela faisait longtemps. Mais probablement pas assez. Il y avait encore toutes ces douilles, qui traînaient, là, quelque part. D’autres choses, peut-être. Aiguille et bang. Des cuillères tordues. Quelques grammes de cotons. La mâchoire du russe se serre. Et son visage se crispe. Ses lèvres, sans bouger, sont à peine capable de murmurer.

« Нет. До свидания.»


Et la porte se referme sur son manteau rouge, et ses cheveux et ses yeux, si clairs. Ses orteils et ses talons avaient envie de retourner sur le toit. Ses poumons et sa gorge, de cette herbe si douce, et de ses vertus. Contre les fantômes du passé. Les souvenirs d’un pays qu’il aimait, mais qu’il devait fuir. Fuir sa famille. Fuir la guerre. Fuir les gangs. Fuir la violence qu’il avait en lui. Redevenir bon. Le chaperon qui se tourne vers l’agneau, plutôt que vers le loup. Fuir la violence. Cette violence qu’il avait en lui. Et tuer pour les yakuzas. Et venger Morgan, par les coupes, et le sang. Fureur rouge, du crépuscule à l’aube, et de l’aube au crépuscule. Et cette guerre entre les différents groupuscules désirant le contrôle de cette ville bidon. Cette guerre en approche. Annoncée. Programmée. Vaska enfonce sa tête dans le réfrigérateur, pour retrouver une bouteille de vodka. Il fallait voir la vérité en face. Son plan avait totalement foiré. Alors il attrape la bouteille, et se dirige vers la porte. Quelques petites secondes à peine, après l’avoir fermé.

« J’ai de la vodka. Et un canapé. »

Et Vaska la laisse, refermer la porte derrière elle. Il pose la bouteille sur une table basse branlante, et se laisse tomber sur le canapé. Son unique bras pointe du doigt un placard. Les verres sont là, qu’elle en prenne deux. Et pour ses affaires, qu’elle les dépose où elle veut. Le chaos règne déjà ici, qu’importe. Le cendrier dégueule de mégots, tout brûlés, et froids. Il ouvre la bouteille. Et l’attaque au goulot.


* Нет. До свидания - Non. Au revoir. Prononcé "Nyet, da zvidanya".


Coups de coeur ♥
RPG-Chevalier