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 Dust | Morgan Marshall

| Dim 8 Juil - 18:22

Vasiliy Ivanova

Une bouteille de lait

La grisaille des débris, des nuages bas, de la poussière sur le cuivre, et dans des cheveux noirs, comme un ciel pollué, oublié, comme des étoiles qui vieillissent, décrépissent, un univers décadent, qu'un plumeau viendra balayer, un matin de printemps. De la poussière et des étoiles, qui glissent entre les doigts, et qui s'écrasent sur le sol, une pincée de sel fade sur un monde morne, sans goût. Rien ne brille, ragoût de bouches d’égouts, une sale époque en toc pour les pies. Mais il y a ce chat, dont la langue râpeuse goûte, timide, la chaleur d'une bouteille de lait. Et un sourire, le premier de la journée, au cœur de la nuit. Un, deux, trois coups. Et des lèvres abîmées qui s'étirent, un sourire d'épouvantail. Le chat ne voit rien, de la couleur verdâtre du lait. Il ne voit rien, des doigts qui se tendent, s'étendent, et craquent, comme une écorce d'un arbre qui baille, las de sa léthargie. Il ne voit rien, mais il sent. L'odeur de la marijuana. L'odeur de cette main. Et il baisse la tête et fuit, dans les ténèbres, cette caresse qui était pour lui. Et le sourire meurt, fane, fleur sous trente-quatre degrés, edelweiss loin des neiges éternelles. Edelweiss.

Dans quelques parfums de pétales, un casque sur les oreilles, habiter le vide, et le silence. Il y avait eu deux, trois, coup de feu, deux, trois, trou dans les murs, sans un murmure, pour qu'ils déguerpissent, pour qu'il ne reste d'eux que quelques couvertures, quelques aiguilles, quelques cuillères, quelques briquets, et ces flammes valsant dans une poubelle. Habiter le vide, et le silence. Un casque sur les oreilles, les doigts courant sur le verre, l'esprit surfant sur quelques ondulations basses.  Modulation. Inflation. Perdition. Dans le creux du cœur, une soif d'oubli. Une soif de dislocation. Que l'espace et le temps s'écartèlent, et lui avec. Dans la poussière, sans doute, un peu de sang, un peu de cendre. Mais un parfum de pétales, peut-être, post-mortem.

Deux heures, à remuer, le lait dans une casserole, et les arômes qui remontent, l'encens qui se diffuse. Et les narines en extase sur une promesse susurrée. Un besoin de s'envoler. Et d’atterrir dans la douleur. Le cul dans la poussière, les doigts glissant par terre. Là-bas ou ici, c'était pareil. Le froid en moins. Peut-être. Vaska ferme les yeux. Vaska, c'est encore l'ombre d'une ombre, dans la lumière de la lune, dans la lumière d'un feu de poubelle. Les chats s'enfuient. Les chiens aboient. Et les loups le méprisent. Chaperon maigre. Chaperon triste. Chaperon sans capuche rouge, ce soir, seulement des nuances de noir, sur une peau blanche, comme un piano sans corde, sans marteau, sans mélodie. Un unisson simple, et grinçant, quand ses genoux reviennent sur son torse, quand son regard caresse les courbes d'une bouteille. Et ce lait, et sa teinte verdâtre.

Quartz, cristalline, éther. Et la musique se coupe. Un froid s'en va, une porte de frigidaire qui se ferme, la fin d'un hiver à moins trente-quatre degrés. Des syllabes russes qui s'éteignent. Rien qui ne persiste dans sa cervelle. La musique disparaît, et rien ne la remplace. Aucune réponse aux questions qu'on peut lui poser. A lui demander ce qu'il fabrique, il finira par répondre n'importe quoi. Et il n'y avait, sans doute, rien d'autre à dire, à répondre. Un bras mort repose dans les décombres. Son regard lunaire passent au travers d'une vitre fracturée. Et rien de plus. La bouteille de lait reste là, et Vaska aussi, las.

Mais la solitude ne verra pas le lever du soleil. Elle s'évanouira, dans des essences, dans une présence. Autre que celle de ces rats, grouillant, grignotant, rappliquant. Autre que celle de ces hommes et de ces femmes, en guenilles trouées, aux sourires édentés, aux esprits consumés. Marginaux dans l'errance, comme il a l'air rance. Il inspire, soupire, et son souffle soulève quelques gramme de poussière, marchand de sable cauchemardesque, comme un baiser sans passion. Une lente attente... les yeux dans les yeux, avec une bouteille de lait.
| Lun 16 Juil - 19:59

Morgan Marshall



Elle ne m’étreignait plus. Ses bras m’avait retenu, QUE LE TEMPS AVAIT ÉTÉ LONG, un à ma gorge, l’autre couvrait mon bassin et bas-ventre. Je n’avais pas pu fermer les yeux. J’avais simulé de la satisfaction, sans hésitation. Je me retenais. Il ne fallait pas régurgiter ici. Pas maintenant. Pas contre la maire de Mayaku. Je quittais ses seins accoler à mon échine, ses membres de manière générale. Je vacille sous le tamisé de la pièce. À avoir mal pour récupérer mes affaires, pour s’habiller et utiliser la fenêtre pour se tirer alors qu’elle se douchait. Clairement, j’avais été son coup du soir, celui sans lendemain. Putain. Il n’y avait pas de l’amour. Il n’y avait que du business, et ils* le savaient. (*I mean - The Wolf, The Owl) Elle le savait. Elle le saurait bientôt. Tout ça n’était pas vain. Tout ça n’était que le commencement d’histoires bien plus lourdes de conséquences qu’elles ne se font croire.


    Tout ça pour la drogue.



Aucune envie de rentrer chez moi après qu’elle m’est sauté. Trois heures du matin, personne dans les rues. Y avait plus qu’çah dans ma tête, PUTAIN, la maire m’avait sauté. Les yeux vaseux, l’entrejambe qui a mal, la gorge serrée, voilà des sensations qui ne m’étaient pas arrivées depuis des mois. Je l’avais gâtée. Je portais mes doigts à ma tempe, dégouté. Il fallait que je quitte le Nord. C’en avait été trop pour moi ce soir. Tu fermes les yeux, remémore les scènes, déglutis, entend le klaxon d’un chauffard, reviens à la raison quand tu te fais presque frôler ; déjà un pied à l’Est, déjà traité de salope. J’élève le nez aux immeubles, je voulais presque finir dans un motel, or me rendre chez Vaska me paraissait être la meilleure opportunitée. Une soif d’oubli. Envie de rire d’un rien. Ne plus se maîtriser et regarder, de longues heures, ce qui se trouve devant soi. Du moment que les minutes sont là pour s’écouler, sans t’attendre.

Vasily, était le chaperon rouge. Il lui manquait un bras et je savais qu’en continuant à me droguer, je risquerais probablement de finir comme lui. Je le niais. Je sniffais plus que je ne me piquais. Vasily - ou Vaska comme j’aime l’renommé - était le chaperon rouge, mort et mon meilleur pote de défonce. Il m’apportait ce que j’avais envie. Il m’envoyait là-bas, me faire croire à du mirifique. Pays de l'intangible. Pays du désir omnipotent. Bordel de merde, mes pas se pressaient, il fallait que je parte. Je voulais être haut. Tellement haut pour oublier l’enfant de putain que j’avais été ce soir. Je veux qu’il me soulage avec ces remèdes d’enflure. Qu’on voyage. Oublier ce dégoût sur ma langue et garder les yeux ouverts pour regarder la vie, ô comme elle peut être merveilleuse. Je manque de me casser la gueule sur les pavés, ma main me raccroche à un pan de mur en brique.

À côté, c’est la porte du squat de Vaska.


Mes doigts frêles se déposent, pousse la porte. J’entre et quoah? J’ai les senteurs que je voulais qui me prennent toutes entières à l’égale d’un vent frais, apaisant. En cet instant même, j’avais déjà refermé la porte - parce que fallait pas qu’elles s’échappent, ces merveilles -, élevé mon visage à l’appartement, entr’ouvert les lèvres et pris la plus belle inspiration que je puisse prendre. La vérité, c’est que çah m’en aurait presque donner un orgasme. Je r’ouvre les yeux à demi-clos, bas des cils, et me meus pour retrouver le brun des forêts enchanteresses. Putain. La plante était de partout. Les seringues gisaient le sol. Son bras aussi.
Merde, il était encore vivant. Là, à la cuisine, à faire je ne sais trop quoah et ça m’en faisait sourire. Connement, j’en sais trop rien pourquoah, mais je souris. L’appel de l’herbe. L’pyramide de Maslow. J’s’ l’chien qui remue la queue devant l’os. Vaska, il s’en foutait. Vaska était quasi mort, et son état me faisait quasi bander. En fait, il phasait. Je savais qu’il allait bien et je savais que, par extensio, moi aussi j’allais être bien. Je dépose mon sac d’un geste mou. Il s’échoue par terre et la poussière s’envole pour se déposer autour. J’enlève mes vans et je mets du son de teuf. J’augmente le volume, juste de quoi faire que ça soulève le coeur du Russkov. Il avait dû oublier de rappuyer sur le bouton. Rien de méchant comparer à ce qu’il préparait.

J’croise les bras, épaulé contre l’encadrement d’une porte inexistante.

    meeeerde. Vaskaa . . . t’es oof. lait à la weed?



drugs
@morden
| Lun 23 Juil - 22:44

Vasiliy Ivanova

Sourire et pourriture

Dans les photons argentés de la nuit, une dissonance, une fausse note, résonnant à travers le monde, et se répandant à l'univers, de minuscule en majuscule, comme une pierre jetée dans l'infini, qui tombe, qui chute et qui descend, qui dégringole, et escalade, monte, et s'envole. Car, finalement, où est le haut, où est le bas, dans ce ciel à l'envers ? Les semelles dans la poussière, le béton à portée de doigt, trop de substance, et les étoiles, si loin, derrière les nuages de pollution. Et le poids fantomatique d'un bras qui n'est plus. Organisme désorganisé. Ce corps qui craque, c'est la fatigue qui s’accroît, à chaque instant, dans le décompte des secondes. Mais il se lève, et s'approche de cette fenêtre, squelette dans les décombres. La vitre est froide, le verre se brise sous ses pieds. Le vent s'invite, la brise s'immisce, pour jouer avec ces cheveux de corbeau. L'épouvantail déploie ses ailes. Et s'envole. Pas encore. Bientôt. Après quelques centilitres de lait. Un besoin de calcium, pour son âme calcaire. Le regard morne fuit l'immensité, et le silence, du ciel, pour ce désert de béton. Il habite un lit de rivière sèche, espérant vainement qu'une pluie la remplisse. C'est quoi cette existence ? Grain de sable ballotté par le vent. Regardes-toi.

Il y a l'ennui. Le manque. La nostalgie. La souffrance. Le froid. L'apathie. Le bruit. Le désespoir. La poussière. Le temps. La solitude. La distance. L'espace. Autant de raison de voir, en chaque eau, la couleur de la noyade. De voir, dans chaque bouteille de lait, un potentiel psychotrope. De voir, en cette clope qui brûle au bout de ses lèvres, un exutoire. La fumée qu'on expire, c'est le vestige d'une inspiration. Et le mégot qui s'échoue, et qui crève, et ne brille, ne brûle, plus. Un sourire triste pour habiter le vide. Un sourire triste, le désordre, et une bouteille de lait, pour habiter le vide. Et l'accueillir, lui, et sa voix.

Des trapèzes et des cervicales  qui se tordent, et s'activent, pour un visage qui pivote. Des lèvres qui se tirent, comme une peau de chagrin se serre. Oui, un lait à la weed. Et la prochaine fois, une vodka, peut-être. Processus plus long. Plus savoureux. Morgan, les bras croisés comme il ne les aurait jamais, dans un monde de poussière aux vieilles odeurs de rose et de cauchemars. Terreur nocturne. Rien ne tient debout, mais tout demeure tangible. Les meubles aux portes de travers. Le plafond abîmés, lézardés, fissurés. Le désordre. Les briques qui manque. Un matelas sur le froid du béton. Une télévision à l'écran brisé, le souvenir rond d'un poing passant au travers. Et la lumière lunaire sublimant ce chaos, et ce murmure souhaitant la bienvenue, dans ce royaume de poussière, de gravas, de ruine, à ce sac, à ces vans, à cette musique, et à ce type.

« C'est que je dois aimer prendre soin de toi ! »

Un clin d'oeil, un astre froid qui se cache et sort de son placard, qui s'en va et qui revient. Vaska fait quelque pas, en direction de la porte, le bout de ses pieds tapant les phalanges d'un bras en plastique, gisant au sol. Il se penche pour attraper la bouteille de lait, qu'il donne à Morgan, comme pour l'inviter à y jeter un œil, une narine, et s'imprégner, déjà, de la couleur, de l'odeur, d'un nectar au lactose verdâtre. D'un placard, il sort quelques morceaux de poisson séché, et de fromage russe, qu'il dépose dans deux assiettes différentes. Et des chips, dans un bol. Qu'il dépose, un, par un, sur une palette faisant office de table basse.

« Tu as été long à rappliquer... les jupons sont donc plus attirant que la weed ? »

Le russe sourit, et lui fait signe de venir, de ne pas rester ainsi, dans l'encadrement d'une porte qui n'existe pas, de se laisse tomber, plutôt, dans un canapé griffé, et déchiré. Il attrape deux verres, équilibre précaire entre ses doigts, quand l'une des deux manches de son t-shirt pend dans le vide.  Tentative de plaisanterie innocente. Tentative. Plaisanterie. Semblant de vie. Tentation d'exister. Un, deux, trois, verre de lait, et il sera plus vivant, déjà.


| Dim 12 Aoû - 22:15

Morgan Marshall


Froid comme la neige. Fragile, et magnifique. Vaska et Morden, lorsqu’ils étaient ensemble, attendez vous à craindre le blizzard. Le mythe de narcisse face à la glace. J’observais le brun quand il me donnait sa bouteille de lait usité. J’étais, le visage contre la glace, à me contempler. Je descendais lentement mes yeux sur chaque partie de mon visage, souriait à en laisser paraître légèrement mes dents, devant autant d’attirance pour mon propre reflet. Ce que je regardais n’était rien d’autre que la bouteille de lait qu’il venait de me passer. La bouteille semblait neuve, pourtant poussiéreuse. La bouteille, elle avait servi à faire une recette magique dont seul le Russe avait le secret. Le bouchon était vert. La forme du produit avait tout pour plaire à des doigts féminins. La prise en main était agréable. J’ai l’intime et horrible sensation de tenir la hanche de Zhen à nouveau. Mes deux mains contre les formes plastifiées. J’passais mes doigts au bouchon où j’avais l’impression de retrouver un sein. Alors je dépose le creux de mon dos contre l’encadrement de la porte qui n’existe pas. J’ai le coxys qui touche ce même pan de mur et l’un de mes talons.

La table basse semblait garnit d’un apéritif séduisant. Des chips et de la weed, il ne m’en fallait pas plus pour terminer ma matinée. D’un geste de la main que je ne remarquais pas, il m’appelait. Il voulait que je le rejoigne, qu’on commence à devenir vivant. Malheureusement, je n’ai d’yeux que pour la bouteille et je phasais déjà depuis bien cinq minutes. Le bouchon une fois enlevée - je l’avais fait tomber par inadvertance, plus vraiment certains d’avoir Zhen ou du lait entre les mains - j’approche mon nez comme j’avais pu le faire ailleurs, à un autre endroit, je renifle. Joyeux mélange. Sacré enfant de putain. On allait pomper le lait aussi avidement que quand on était deux gosses, avec Vaska. Ca c’était certain. L’odeur m’alléchait. Si bien que ma longue et fine langue récupérait quelques gouttes restées de ci, de là des contours. Je soupire. Mes doigts glissent le long de la bouteille. Je me demandais comment Vaska trouvait ses idées de mélange, parce que ça me semblait sortie de nulle part et tellement exquis. Mes yeux se fermaient et mes lèvres étaient déposées au bord du goulot. J’étais intimement lié à elle et nous ne ferions plus qu’un, son lait et moi. J’entr’ouvrais délicatement les yeux. Je ne réalisais toujours pas l’appel de Vaska.



drugs
@morden
| Dim 19 Aoû - 22:47

Vasiliy Ivanova

Mort, fées.

Le poids du monde, sur des épaules frêles, et blanches. Un corps, un squelette, un cadavre congelé sur des hauteurs enneigés, s'écroulant sur un canapé au cuir abîmé, et vieillissant. Débris de vache et plumes d'oies. Carcasse néandertalienne, fruit d'une évolution sans cadence, d'une évolution décadente. N'y avait-il pas une absurdité dans tout cela ? Il s'enfonce, poussé par des grammes de poussière. Et ses yeux, cernés d'un noir de marqueur indélébile, se promène sur un visage qui se confond avec une bouteille de lait, une bouteille en verre, une bouteille en vert. Un vert pâle. Un verre trouble, un reflet sans forme. Tes yeux, ce ne sont pas tes yeux. Tout comme cette tronche n'est pas authentique. Un sinistre simulacre, un double décevant. Parlons des paradis, artificiels. Un sourire au surin sur les lèvres du russe. Son bras s'étend pour attraper du poisson. Vache, oies, et autres poiscailles. Et eux, singes dégénérés, singes dégénérant. Il mâche, et avale, lentement. Une mastication trompant la soif, pour quelques secondes seulement. Un drôle de parc zoologique, que ce studio minable, au milieu d'un quartier détruit.

Dans l'encadrement de la porte, il ne bougeait pas. Un réverbère en panne, un arbre sans feuilles, un statue grecque perdue. Les rétines grises du chaperon redessinent les contours d'un Narcisse moderne, qui s'admire dans une bouteille de lait, et s'abolira, aussi sec, dans les secondes qui suivent, dans cette même bouteille de lait. Un Narcisse qui s'efface dans les substances psychotropes, il y a une ironie, et une lueur dans les yeux de Vaska. Et toi, qu'est-ce que tu es ? Un Dionysos de la drogue, un Icare aux ailes de splifs qui s'abîme en mer, Morphée dealant des rêves, et des cauchemars. Tu en es fait de la même matière, sans doute. Un épouvantail merveilleux, un ange camé, dans une odeur de rose, et d'opiacés. Les paupières tombent comme des guillotines, et se relèvent, voiles se déployant pour prendre la brise maritime. Il y a cette musique, ces grosses caisses qui tabassent, les basses glissant sur le béton. Ni le rythme, ni la mélodie, ne tirent l'un de sa léthargie, l'autre de son admiration. Le temps est aboli, une parenthèse temporelle, les clepsydres ne se vident plus, l'horloge se tait. Aucun de ces deux lâches ne mourra ce soir. Le temps ne fuit plus. Et il ignore si c'est une bénédiction, ou son inverse.

« Allez, bouges ton cul putain. »

Horloge surréaliste, son squelette s'écoule sur le canapé. D'où provient cette impatience, dans cette bulle défiant les courbes de l'espace et les dos d'âne du temps ? Son bras se lève, se tend, s'étire, s'étend, et ses doigts, pour caresser les courbes de la bouteille, et lui dérober. La fin d'un miroir cylindrique, la fin d'une contemplation égocentrique, la fin d'une métaphore sensuelle dont il ignore tout. Les rêvasseries s'évaporent, mais reviendront, chargées d'autres saveurs. L'instant est à glisser les balles dans le barillet, à ramasser les cerises pour le clafoutis, à verser quelques filets de lait dans deux verres. Lactose verdâtre, du calcium à la came, pour fortifier les os, et annihiler l'esprit. Il y a encore quelques miettes de weed se noyant dans le breuvage. Ils les rejoindrait bientôt. Les articulations s'enroulent autour du verre, que Vaska lève lentement.

« За друзей. Aux amis. »

Alors il y a la rondeur de l'arôme qui court sur la courbe du palais, et qui s'infiltre dans l'organisme. Un court sourire sur les lèvres du russe se dessinent, et le verre revient à cette table de fortune. Voilà. Le système digestif en branle. Une mécanique rouillée, soudainement huilé. Et le cœur qui pulse. Une diffusion sporadique. Il ne fallait plus qu'un peu de patience, une effervescence, que la mixture fasse son effet. Son effet. Et fées.


| Jeu 30 Aoû - 19:39

Morgan Marshall


Avec Vaska, j’entretenais pleinement mon image de junkie. Je préservais mon estime en chaque moment où j’entrais sa demeure poussiéreuse. Je me retrouvais. Le cul par terre, les jambes maigres croisées. Mon regard lorgne la substance verdâtre et crème qui m’appelle. Mes narines s’avancent, elles, sentent les effluves. J’expire alors, les yeux à demi-clos. Je me délectais du parfum. L’ensemble de mon échine en frémit. Devenir junkie était un acte de construction. Ma déviance avait commencée par le meurtre, puis continuée par la drogue. Mes lèvres trempent dans la weed. On passe son temps à reconstruire sa représentation pour rester acceptable à leurs yeux. Vaska il me demande souvent à quoi ça pouvait me servir de voyager, parce qu’il y avait tout à voir chez lui. Je lorgne Vaska du coin de mon oeil bleu-givre alors qu'il élevait son verre, "aux amis", avant que je ne consomme le contenu du mien et avidement. J’exhale, pose mon regard sur la table basse comme j'y dépose mon verre, vide.


Phase.


Je m’interroge encore sur ce que j’ai fait avec Zhen Endô. Pourquoi. Pourquoi la dénégation. La trahison de ma conscience envers mon inconscience. Ma névrose m’avait embourbé entre désirs et pulsions. Le manque. Il commençait à se faire moins ressentir au fur et à mesure que le temps s’écoulait. J’ai mes poignets qui se posent contre mes genoux et ma tête qui dodeline contre le rebord du canapé avant qu’elle ne se blottisse contre la cuisse de Vaska. J’exhale. J’ai faim. La nourriture me paraît à des kilomètres. Je commence à tendre les doigts vers cet infini de l’espace que je me créais par moi-même. Tout ça pour chopper des chips. Mes doigts trempent dans le bol que je ramène vers moi. La musique ne m’atteigna presque plus. J’exhale. Je maintiens mon contact contre Vasily avant de m’assurer qu’il soit toujours là en tournant lentement, mais alors, très lentement mon visage. Les lèvres entr’ouvertes. Ouais, Vasily, même shooté, il savait que je tenais pas vraiment trop ce qu’il m’offrait. Je force sur mon regard pour m’assurer de bien croire que c’était lui avant de faire un sourire en coin et de reposer avec tout autant de douceur ma tempe contre sa cuisse. Je mâche ma chips en pensant qu’elle était toujours la même depuis des années et que jamais je n’avais réussi à l’avaler.

T’croah. T’croah qu’tu t’drogues pah’sque ça t’fais sens ? Vaska . . .



drugs
@morden
| Lun 10 Sep - 23:52

Vasiliy Ivanova

Distorsions

Tel les horloges, surréalistes, de Dali, son squelette, s'écoule, sur le canapé, et, le temps, avec lui, aussi. Les clepsydres se vident, lentement. Le jour ne décroit pas, il est mort, déjà, depuis longtemps, quelques minutes, à peine. Quelque part, là-bas, entre les plaines russes et les vallées lunaires, entre un magnifique conifère et une minuscule comète. Le temps, et le soleil, noyés, dans une bouteille de lait, dans un verre, dans quelques gorgées. Un, deux, trois, nous irons aux bois. Четыре, пять, шесть(1), fumer des splifs jusqu'au tin-ma, le teint blanc, et dans l'froid de l'hiver, jaunir quelques dents. Et tout est loin. Vénus, Moscou, la table basse. Le visage de Morgan sur sa cuisse, les épaules d'un punk dans un pogo, la voix de Sid Vicious, la voie du transsibérien, la voie lactée. Lactose. Calcium. Lipide. Protéines, glucide, vitamines A, vitamines B, vitamines D, et un pourcent et demi de matière grasse. Une lente explosion sporadique. Des milliers de feuilles de coton qui se dispersent, et scintillent, dans le vide. Existence et conscience saccadées. Un manque de réseau. Un essoufflement après un cent mètres. La rate au court-bouillon. Le cœur, le foie, les tripes, dans un pot-au-feu. Le cerveau dans une marmite, une soupe à l'épiderme. Osso-buco aux ongles confits, risotto de langue de bœuf, de joues de porc, de cervelle de singe dégénéré, boudin noir, vin rouge, sanguinolent. Et un corps qui disparaît dans les méandres d'un canapé, pour qu'une voix, seule, subsiste.

« L'humain a toujours voulu combler le vide de l'existence, comme on a voulu combler le vide de l'espace avec cette fumeuse idée d’Éther. Science, spiritualité, engagement, philosophie, drogue, qu'importe, c'est identique... Mais Dieu, et ses multiples avatars, c'est, comme l'Ether, une connerie sans nom. Incapable d'accepter le vide, nous sommes. »

Une infinité de moment, comprise dans une seconde. Le bruit d'une chips, qui croustille, craque et se casse et devient bouillie, entre des molaires. Un flot de parole surfant sur des planches à voile de pensée, venant et se retirant avec la marée. Et le bruit d'une chips, qui croustille, craque et se casse et devient bouillie, entre des molaires. Une infinité de seconde, comprise dans un moment, et une longue inspiration fugace. Avec sa voix qui se répand, c'est son ossature qui se solidifie.

« Alors il n'y a encore que des idiots, ou des menteurs, pour te soutenir que la came fait sens. Et c'est bien pareil pour la gnôle. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien soulager, quand elle t'amène à tout voir en double ? C'est deux fois plus d'idioties, deux fois plus d'orgueils, deux fois plus d'avarices et d'inepties, deux fois plus de tristesses, de déceptions, de vides. C'est deux faucheuses, c'est deux grands mensonges onthologiques... Non, Morgan. La came c'est simplement pour s'faire sauter la carlingue, et être en phase avec l'absurdité de ce monde débile. Plonger dans le vide, plutôt que le combler. En faisant sauter l'être, on entre en phase. L'enfer, c'est moi. Et moi, je me flingue, pour quelques heures. »

Un index et un majeur qui se lève lentement pour se poser sur une tempe. Et un pouce qui se replie, imitant une pression sur une gâchette. Une détonation. Une déflagration. L'odeur de la poudre, et la lumière d'un coup de feu. Une balle pénètre le crâne, traverse le cerveau, se perd dans une peinture, un meuble, un mur. Tant de mots ont franchi ses lèvres gercées par l'habitude. Un nuage noir qui craque, et les pluie torrentielles d'un automne gris. La langue tendue, cueillir quelques gouttes. Une saveur Baudelairienne. Un paradis artificielle. Des fleurs du mal. Un spleen parisien, en territoire japonais. Et un regard hivernal qui se pose sur le visage de Morgan, quand deux lèvres s'étirent difficilement, en un éclair, en un sourire, fatigué.

« Est-ce que tout ça fait sens pour toi ? »

______________________________

(1) : "Tchitiryé, piat, chest", soit "Quatre, cinq, six".

| Aujourd'hui à 20:30

Morgan Marshall


Un index et un majeur qui se lève lentement pour se poser sur une tempe. Le nez à son visage, les lèvres entr’ouvertes. Je collais encore sa cuisse. Avare de ce qu’il avait à m’exprimer. Curieux de comprendre ce que chez Vasily, la drogue représentait, apportait, les détails particuliers de l’élocution qui la rendait unique pour lui. Lui, cet être nordique, tout droit venu de la Russie neigeuse. Le bleu de nos regards défoncés. Le laisser parler de nos voix lasses et rauques.

Exister se rapporte à l’être. Être n’est pas nécessairement issu de l’existant. L’humain n’est pas fait que pour exister et interagir avec l’existence que l’Essence nous a attribué, on a également cette capacité à penser l’univers.

Ma nuque roule sur le canapé. Fragile. Il continue de parler, Vaska, il s’engouffre d’hyperboles suintantes de neurasthénie. My way était plutôt en décalage. Drogué, j’étais plus souriant, euphorique, et motivé. Mes doigts s'avançaient les premiers pour atteindre le bol. Ils plongent aux chips. Le bruit est décuplé à mes tympans. J’en lâche quelques unes au passage. Les amène à mes lèvres, mange, par faim. Vaska attendait certainement ma réponse, simplement pour apporter un rapport présentiel entre lui et moi, rien de plus. Je m’en foutais de cette relation. Je m’en foutais que mon interlocuteur soit lui ou personne. Au final, les chips, la drogue, la détente. Non, pas les doigts de Vaska portés à sa tempe, le vrai chill.

C’t’une nécessité d’être en phase avec le corps et l’esprit. Une histoire d’allégorie entre le rêve et la drogue. Pour moi, c’est l’expression de l'inconscient, de la vie mentale. Une méthode projective pour augmenter les facultés humaines, capter des images et des représentations qui, comme l’écriture a l’incroyable noblesse de le faire, nous rappeler à ces travers qui on est et notre aptitude à dépasser ‘nos limites’. Moi, je fais ça parce que c’est dans mon état d’esprit qui discipline. Ca m’éveille à des formes dont tu n’as idée.

Loin d’imaginer que me taper la Maire avait été le pire acte à commettre pour s’octroyer le salon de thé. Loin de croire que les mois qui vont arriver seront douloureux et d’une chute sans pareil. La drogue m’y préparait, je savais me défoncer assez pour encore tenir Mayaku. Fallait-il encore que la drogue me reste accessible comme ça pouvait être le cas aujourd’hui, et ça, dans la mesure où nous allions tout chambouler, j’étais foutrement pas en mesure de le prévoir. Et pour l’heure, je m’en tapais bien. Je déportais encore mon attention au Russe, insouciant et frivole.

Qu’est-ce qui t’as fait venir à Mayaku, Vaska?



drugs
@morden
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